UN PASSE IMPRESSIONNANT
Le public s'imagine trop souvent que l'histoire de la Scandinavie débute
avec les Vickings alors que, en réalité, ses origines
remontent très loin dans le passé, jusqu'à l'époque
où la grande partie de Nord du continent disparaissait encore sous
le calotte glaciaire.
Tout d'abord, l'aventure ne concerna qu'une poignée de chasseurs intrépides de l'âge de pierre qui vinrent occuper les terres nouvellement libérées par le retrait progressif des glaciers. Mais, au fur et à mesure que les conditions naturelles évoluaient, d'autres groupes d'humains suivirent les traces des premiers. Finalement, une riche culture scandinave prit naissance, culture qui, dans une large mesure, fut forgée par les exigences d'un milieu naturel la plupart du temps hostile.
Bien que les premiers Nordiques aient développé une civilisation unique, dans un royaume ingrat presque entièrement cerné par la mer, ces humains préhistoriques ne furent nullement coupés des autres peuples. Ils se trouvèrent être à maintes reprises les bénéficiaires d'apports culturels extérieurs, soit par l'immigration d'Européens venus de l'Est ou de l'Ouest, soit par les contacts commerciaux très actifs établis dans le reste de l'Europe.
Nous pouvons mesurer la contribution apportée par la Scandinavie à l'étude de l'humain préhistorique. En effet, dès le 17ème siècle, les royaumes de Scandinavie avaient édicté des lois interdisant la destruction ou le déplacement de tout monument ancien, avant que celui-ci n'eût été convenablement étudié et les résultats dûment enregistrés. Grâce à l'intérêt accordé par le gouvernement, le travail archéologique devint bientôt une activité populaire. Aujourd'hui encore, le pourcentage d'archéologues de terrain reste supérieur dans les pays scandinaves à celui de tout autre pays au monde. Peut-être le fait que la population soit demeurée relativement homogène depuis le Néolithique suffit-il à expliquer cet intérêt naturel.
Nous voici à la fin du 2ème siècle avant notre ère, aux frontières septentrionales de la République romaine, en Autriche actuelle. Une garnison disciplinée de légionnaires romains est subitement attaquée par une troupe de guerriers hurlants qui brandissent des lances. Ils sont grands, solidement bâtis, aux yeux bleus farouches, aux cheveux blonds et portent des totems animaux au sommet de leurs casques. Les Romains succombent devant la poussée de cette horde sauvage. Les envahisseurs s'avancent vers l'ouest jusqu'en Gaule et au printemps de l'an 102 avant notre ère, ils franchissent les Alpes et pénètrent en Italie. Ils poussent des cris de guerre, dévalent les pentes neigeuses sur leurs boucliers et atteignent enfin la vallée du Pô. Le Sénat de Rome, pris de panique, envoie finalement une armée qui écrase l'assaillant en 101 avant notre ère et charge les chefs de chaînes. Il s'agissait de guerriers cimbres et teutoniques qui arrivaient de la péninsule danoise du Jütland.
Cet épisode marque la première apparition, dans l'histoire écrite, d'un groupe de peuples, les Nordiques, qui finiront par conquérir le monde romain et contribueront à déplacer le centre de la civilisation européenne de la Méditerranée vers les terres froides qui s'étendent au nord des Alpes. Ces peuplades joueront également un rôle majeur dans l'élaboration des lois, des langues et des coutumes de l'Europe entière, influence qui s'étendra plus tard à l'Amérique elle-même. Leurs sols et leurs marais ont conservé de manière exceptionnelle une des descriptions les plus précises de la vie en Europe préhistorique de - 10 000 ans juqu'à l'ère chrétienne.
Le berceau de ces envahisseurs se situait sur les rives de la Baltique et de la mer du Nord, région aujourd'hui englobée dans le Danemark, la Norvège et la Suède. En 500 avant notre ère, les conditions climatiques se modifièrent : une période de froid et d'humidité insupportables succéda à un cycle de températures chaudes et les Nordiques commencèrent à se répandre vers le sud à la recherche de territoires plus hospitaliers :
- En provenance de la Suède, peut-être de la Gothie orientale ou occidentale, voici d'abord les Goths qui furent les premiers à briser la puissance romaine en Occident.
- C'est de l'île danoise de Bornholm, en mer Baltique qu'ont
pu venir les Burgondes qui donnèrent leur nom à la
province française de Bourgogne.
- En provenance de Vendsussel (région septentrionale du Jütland
danois), nous trouvons les Vandales qui devaient laisser leur
nom à une province espagnole, l'Andalousie (jadis Vandalousie).
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Les Lombards, originaires des régions situées immédiatement
au sud du Jütland, s'installèrent en Italie du Nord.
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Les Francs, dont les divers royaumes constituèrent plus tard la
France, l'Allemagne, la Hollande, la Belgique et la Suisse, formaient à
l'origine une confédération assez lâche de tribus nordiques
qui habitaient les régions bordant le cours inférieur du Rhin.
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Il est même possible que les premiers occupants de la Russie aient été
des Suédois expatriés, descendants d'un peuple scandinave portant
le nom de Rouss, qui avait fondé dès 1 800 avant notre ère
des comptoirs commerciaux sur les rives de la Volga et du Dniéper.
Le premier auteur à citer les Nordiques fut Pythias de Marseille, écrivain grec qui, vers 350 avant notre ère, effectua un voyage extraordinaire jusqu'aux mines d'étain des îles Britanniques puis, de là, navigua jusqu'à une région qu'il appela ultimus Thulé que l'on situe aujourd'hui en Norvège. Puis, ce fut Jules César en personne, qui les rencontra en Gaule en - 60 avant notre ère. Enfin, un autre romain Tacite décrit leurs bois sacrés et les différentes sortes de cultes qu'ils y pratiquaient.
Le premier peuple dont nous connaissons l'existence par les témoignages archéologiques, de manière certaine, se composait de chasseurs de rennes nomades, qui arrivèrent en Scandinavie voici 12 000 ans. Ces gens chassaient et pêchaient dans la toundra en utilisant des lances et des harpons de pierre et d'os. Ces chasseurs connaissaient déjà l'arc et la flèche, arme nouvelle et efficace. C'est sur l'emplacement de leurs camps que l'on a trouvé la preuve la plus ancienne de l'usage de cette arme en Europe. Quelque 5 ou 6 millénaires plus tard, alors que les glaciers s'étaient retirés, les descendants des ces peuples continuaient à mener une existence nomade, mais ils avaient appris à s'accoutumer au milieu forestier aussi bien qu'à la toundra. Ils savaient abattre des arbres en utilisant des haches de pierre munies de manches, qui figurent parmi les plus anciens outils de ce type connus dans le monde. Ces bûcherons creusaient, dans ces troncs d'arbres, des canoës, ou des pirogues, et ils fabriquaient peut-être des kayaks de peaux à cadre de bois, sur lesquels ils naviguaient dans les eaux glacées du Nord.
C'est vers 4 200 avant notre ère que le concept d'agriculture et d'habitations permanentes fut introduit en Scandinavie. Progressivement, les conditions de vie s'améliorèrent et, vers 2 000 avant notre ère, commença une période que l'on peut appeler l'Age d'Or de la Préhistoire Scandinave. Jouissant d'un climat comparable à celui du sud de la France actuelle, les populations nordiques prospèrent. Leurs commerçants-navigateurs faisaient le commerce de l'ambre et des fourrures. Les forgerons travaillaient le bronze importé, et ils en tiraient des armes et des objets décoratifs splendides.
Thomsen fut le premier à diviser la préhistoire en 3 périodes chronologiques principales : l'âge de pierre, de bronze et de fer et à prouver une évolution culturelle en Préhistoire. Il fut ainsi reconnu comme le " père de la Préhistoire européenne". Il se pourrait même que l'occupation humaine en Scandinavie remonterait à 240 000 ans et plus certainement à 80 000 ans. Il s'agirait de pré-Néandertaliens et de Néandertaliens (homme de Swanscombe en Angleterre de - 250 000 ans et de Steinheim en Allemagne - 200 000 ans).
La fonte des glaciers marqua également les terres de l'intérieur en y créant des centaines de lacs glacés et peu profonds ; ces pièces d'eau nous ont, grâce à deux processus naturels très différents, fourni de précieuses données pour la recherche archéologique. Le premier de ces processus est le phénomène de sédimentation qui a enregistré précisément la chronologie du retrait des glaciers ainsi que l'avance des populations nordiques sur les terres récemment émergées. Le second processus est la formation de la tourbe qui s'accumule au fond des lacs : les tourbières, en raison de diverses réactions chimiques, ont miraculeusement conservé certaines des matières organiques, par ailleurs périssables, qui y furent immergées il y a des siècles.
Outre l'édification de lieux du culte, les Nordiques utilisaient le milieu naturel, à savoir des petites pièces d'eau douce, pour y accomplir certains de leurs rites sacrés les plus importants. Au cours des temps, ces mares, ces étangs et ces lacs se comblèrent sous l'accumulation de végétaux et se transformèrent finalement en tourbières marécageuses. Dans la tourbe, certains acides et l'absence d'oxygène empêchèrent le développement des bactéries qui, habituellement, détruisent la matière organique. Ainsi, les tourbières possédaient des pouvoirs de conservation et c'est pourquoi un certain nombre des dons rituels qui y furent jetés par les Scandinaves de la préhistoire ont été conservés intacts jusqu'à aujourd'hui. La coutume nordique d'immerger des dons dans les eaux douces de l'intérieur apparut au cours de l'âge de la pierre. Cette pratique persista au cours de l'âge du bronze et durant l'âge du fer jusqu'à l'époque des Vikings. Bien que le caractère de ces offrandes ait évolué au cours des millénaires, un trait commun s'est maintenu : il s'agissait toujours d'offrandes constituées par des objets de valeur. Aux époques les plus reculées, les animaux constituaient les victimes les plus fréquentes.
Aux vues de la gamme d'armes et d'objets de cérémonie correspondant à l'âge du bronze, on a tendance à penser que ce fut une ère de paix et de prospérité. En revanche, la première période de l'âge de fer ne fut pas toujours une époque paisible pour les Nordiques. Les découvertes archéologique témoignent de l'existence de luttes, et célèbrent, en particulier, les victoires remportées par les populations locales contre les gens du Sud.
A partir de 400 avant notre ère,, la coutume s'établit progressivement pour les Nordiques de sacrifier le butin gagné dans la bataille aux dieux qui leur avaient donné la victoire. C'est ainsi que de nombreux objets datant de cette période et retrouvés en Scandinavie sont des armes et des armures qui avaient appartenu à des Celtes, à diverses tribus de Germains et aux Romains.
Après les victoires navales, les Nordiques offraient en sacrifice les bateaux qu'ils avaient pris à l'ennemi au lieu de les garder comme butins. Vers le 3ème siècle avant notre ère, les dieux des populations nordiques se voyaient offrir le plus précieux des dons : des vies humaines. Les Nordiques immergèrent des centaines d'individus, hommes, femmes, enfants, dans les eaux des marécages sacrés. Il ne fait pas de doute que parmi les victimes sacrifiées figuraient des prisonniers de guerre et des criminels. Cependant, certaines victimes semblent, avoir consenti à mourir, honorées sans doute d'avoir été choisies pour le sacrifice ainsi que le prouve l'air de sérénité sur certains visages des corps retrouvés.
- Les chasseurs dans les glaces
- Les Nordiques se lancent sur les eaux
- Les victimes sacrifiées entrent dans l'Histoire