LA VALLEE DES MERVEILLES


Le Val d'Enfer

Télécharger en Word


OU SE TROUVE-T-ELLE ?

Située au cœur du Parc du Mercantour dans les Alpes Maritimes, la Vallée des Merveilles qui s'étend au pied du Mont Bego est très célèbre de nos jours pour ses gravures datant de la période protohistorique. Elle tire son nom de l'italien (la région n'étant devenue française qu'à partir de 1947), " meravigliosa " qui exprime plus le merveilleux dans le sens fantastique ou/et surnaturel.

Pour effectuer la visite de ces gravures, il vous faudra être accompagné d'un guide agréé par le Parc, planifier et réserver votre séjour à l'avance. Différentes formules vous seront proposées (merci de vous reporter aux explications dans l'article sur la Vallée de Fontanalba)

Pour vous rendre dans la Vallée des Merveilles, arrivé à St Dalmas de Tende (le hameau avant Tende), prendre la direction du Lac de Mesches où vous devrez obligatoirement laisser votre véhicule. Après, vous monterez à pied jusqu'au Refuge des Merveilles (3h30 de marche environs au beau milieu d'une fantastique forêt de mélèzes centenaires) ou choisir la formule en 4X4 qui réduit à 2h30 le temps de la montée.

QU'Y VOIT-ON ?

Comparée à la Vallée de Fontanalba, vous constaterez vous-même que l'ambiance qui règne dans cette vallée glacière composée en majeure partie de rocaille, est totalement différente de la précédente et que le paysage lunaire et dénudé n'est pas étranger à cette impression quelque peu magique, voire " diabolique " : chaos grandioses, moraines, blocs erratiques, lacs… Du reste, les gens qui habitent sur place ne vous parlerons jamais de la Vallée des Merveilles mais du Val d'Enfer ainsi nommé depuis toujours.

En effet, durant des siècles, cette vallée fut considérée comme maudite. Du temps où l'Eglise était encore très puissante et combattait avec acharnement les rites païens, elle mit tout en œuvre pour que ses ouailles évitent de s'y rendre et les effrayer. Sans doute à cause des gravures qui représentent énormément de cornus, on a longtemps pensé que cet endroit était habité par le Diable. Des légendes multiples se sont répandues aux alentours et ce lieu est ainsi resté désert assez longtemps. Jusqu'au jour où des scientifiques sont venus démystifier ces anciennes légendes et attester que ces gravures n'était pas l'œuvre du Diable mais celle de paysans de l'époque Néolithique, c'est à dire aux environs de - 1 800 ans avant notre ère.

Ces dernières années, avec le développement du tourisme et l'intérêt grandissant de nombreuses personnes pour la visite de ces gravures, la Vallée des Merveilles a perdu cette connotation de vallée maudite. Mais les noms des pics et des lacs alentours conservent encore cette inspiration : le Valmasque (le masque de la sorcière), le Chaos du Diable, la Pointe du Vieux Bouc, le Lac du Trem, le Lac Carbon etc. Autant la Vallée de Fontanalba semble avoir été considérée comme celle des humains, autant celle des Merveilles semble avoir été consacrée à des rites et des personnes initiées.

Quand nous sommes arrivés au refuge, face à nous s'élève le Mont des Merveilles qui forme avec le Mont Bego et la Cime des Lacs, un triangle équilatéral presque parfait, les gravures se trouvant au cœur de celui-ci. Il s'agit peut-être là d'une coïncidence mais déjà nous ressentons que ce lieu est chargé d'histoire… ce qui n'est pas sans aiguiser notre curiosité et notre envie de transgresser certains interdits moyenâgeux.

Nous allons donc remonter ce fond de vallée dont on pense que le glacier a pu s'étendre autrefois jusqu'à St Dalmas. Nous passons devant la grotte de la Souris où les restes d'un feu datant de - 8 000 ans ont été retrouvés. Ces vestiges antérieurs aux gravures sont probablement dus au passage de chasseurs du Mésolithique qui s'aventuraient déjà dans ces contrées désolées à la recherche de gibier.

Nous passons également non loin de la Maison des Archéologues qui viennent ici effectuer de nombreuses campagnes de recherches. Le premier des découvreurs qui écrivit sur ces gravures fut un voyageur tourangeau du nom de Pierre de Montfort en 1460. Il fut ensuite suivi par une série de d'abbés, de médecins, de botanistes etc. qui émirent des hypothèses intéressantes mais totalement fausses concernant les gravures (l'un d'eux pensait que les Carthaginois étaient venus effectuer jusqu'ici ces gravures !). Il faudra attendre 1877 et la visite du Préhistorien Emile Rivière qui, par ses travaux, attira l'attention du monde scientifique en datant ces gravures de l'Age du Bronze et en effectuant d'excellents relevés. Citons également le prodigieux travail de Clarence Bicknell qui publia divers articles et passa une large partie de sa vie à étudier ces gravures. Enfin, le sculpteur piémontais Carlo Conti reprit dans les années 20 les études de Bicknell et on peut encore voir la trace de son passage car il marqua d'un " C " les roches qu'il étudia.

Il n'est pas possible ici de décrire toutes les gravures. Toutefois, nous nous arrêterons aux plus célèbres, celles qui marquent indéniablement l'aspect sacré du lieu. Il est à noter que d'autres gravures plus récentes ont été aussi effectuées datant de diverses époques dont la plus reculée semble être l'époque romaine. On peut aussi voir des bateaux (caravelles), des inscriptions et des dessins attribués à divers voyageurs ou bergers qui ont séjourné dans ces pâturages élevés à des époques diverses.

 

 

La stèle corniforme appelée " le Chef de Tribu " fut enlevée en 1988 et placée au Musée des Merveilles par mesure de protection. Un moulage est actuellement visible sur le site. Il s'agit d'un bloc de schiste vert, de forme triangulaire, planté verticalement dans un chaos de blocs près du torrent des Merveilles.
On y voit à gauche, un grand anthropomorphe longiligne, avec une tête arrondie, les bras étendus, les mains ouvertes et les doigts écartés. Ses pieds sont tournés vers l'intérieur ce qui voudrait possiblement dire qu'il est mort. Ce personnage de sexe masculin qui porte une chasuble avec le signe du taureau, a un poignard fiché du côté gauche de la tête. Il paraît résulter d'un savant montage de signes corniformes.
A droite, un grand réticulé.
Et au milieu de ces figures, un autre anthropomorphe plus petit lève les bras en position d'orant, jambes écartées, les pieds tournés vers l'extérieur, près du réticulé. Au-dessus, trois poignards sont alignés verticalement.
Il pourrait s'agir là, non pas de la figuration du Diable mais de la représentation du couple divin primordial : à gauche le Dieu-Taureau, maître de l'orage et dispensateur de la pluie fertilisante et à droite, la Déesse-Terre symbolisée par un réticulé, qui doit être ensemencée par le dieu du ciel.

En effet, le couple divin primitif, ciel mâle et terre femelle, est présent dans de nombreuses religions primitives. L'association du taureau fertile et de la femme féconde est attestée dans différentes civilisations notamment au Moyen-Orient durant le Néolithique.

Nous continuons notre ascension vers le Mont des Merveilles, pour arriver devant cette étrange gravure dite du " Sorcier " qui se situe face au Mont Bego. Cette figure dont la schématisation est complexe puisqu'il s'agit là encore d'un corniforme à corps rectangulaire avec des cornes en U, a les bras levés et les mains ouvertes qui brandissent deux lames de poignards triangulaires sans manche. Une barre horizontale suggère le sommet de la tête ou le front, peut-être les sourcils. Deux points représentent ses yeux et un trait vertical évoque un nez. Deux traits obliques tiennent lieu de moustaches (ou scarifications, maquillage, peintures etc.) et sept petits points représentent les dents. Le rectangle massif à la base du visage suggère le menton ou la barbe.
Un réticulé se trouve au-dessous de cette figure anthropomorphe.
Possiblement, il s'agit encore du Dieu de l'orage et de la foudre au-dessus de la Déesse-Terre. Comme une sentinelle, cet inquiétant personnage semble nous signifier qu'il surveille une frontière à ne pas dépasser. Ou bien tire-t-il la langue pour nous effrayer et nous signifier de ne pas aller plus en avant ?

Pour ces populations agricoles d'un autre âge, le travail de la terre ne se borne certainement pas à une simple technique. Les activités se succèdent au rythme des saisons ce qui induit probablement une série de cérémonies qui ont pour but de favoriser la croissance des cultures et à sacraliser les gestes de l'agriculteur. L'hiver tout comme la mort ne sont pas des états définitifs. Le taureau qui représente la force procréatrice doit être sacrifié pour revivre au printemps afin de dispenser la pluie et de fertiliser la Terre apportant ainsi l'opulence aux humains.

Nous arrivons enfin au terme de notre promenade à 2 470 m d'altitude, au pied du Pic des Merveilles. Devant nous, la vallée s'étend majestueusement. C'est là, à cet endroit précis, difficilement accessible, que nos graveurs ont choisi de mettre presque côte à côte et sur une même roche, deux anthropomorphes.
Le premier à gauche, proche de la montagne, a des bras en " zigzag " avec des mains aux doigts écartés, le long de son corps allongé et étroit est constitué d'une simple barre verticale. Il chevauche un réticulé et deux poignards sont placés près de lui. Sa tête ronde est entourée d'un cercle comme une auréole, mais les traits de son visage ne sont pas dessinés. Une arme est fichée dans sa tête. Dieu-Soleil, dieu de la foudre, il représente l'élément masculin du couple primordial.
Un peu plus bas à droite, proche de la vallée, une autre figure anthropomorphe de sexe féminin, acéphale, aux bras levés en position d'orant et sans mains nous fait face. Elle résulte de l'association de deux corniformes opposés dos à dos. Au bout de ses jambes filiformes, ses pieds sont reliés et orientés vers l'intérieur. Un cercle à la base du corps évoque une vulve.
Est-il nécessaire de préciser qu'il s'agit de la Déesse-Mère ?

Avant la venue des dieux monothéistes masculins, il existait donc pour ces peuplades néolithiques, un couple de dieux, composé d'un élément féminin et d'un élément masculin. Etaient-ils égaux ou bien l'un avait-il une certaine prédominance sur l'autre ? Que cela induisait-il dans la vie au quotidien de ces populations : plus d'égalité dans les relations hommes/femmes ? Plus de respect pour la vie des humains avec moins de violences ou moins de conflits ?

Ce sont bien entendu des questions auxquelles nous ne pouvons donner aucune réponse définitive faute de preuves. Libre à chacun, selon les informations dont les scientifiques disposent à l'heure actuelle, de se faire sa propre idée sur la question… Quoiqu'il en soit, nous pouvons encore imaginer quelle fut la vie quotidienne des paysans de ces montagnes, bien peu différente de celle que vivaient encore les paysans de ces régions avant l'avènement de l'ère industrielle: une vie simple, rude et frugale, proche de la nature et rythmée par le cycle des saisons… Peut-être aurez-vous l'occasion, lors de votre visite, de pouvoir en discuter avec l'un des bergers du pays et peut-être vous contera-t-il quelques légendes ancestrales qui hantent encore cette inquiétante et majestueuse Vallée des Merveilles ou Val d'Enfer, c'est comme vous préférez !

Et si vous n'avez pas cette chance, vous pourrez toujours vous rendre au Musée des Merveilles à Tende (voir l'article sur le Musée des Merveilles) où un berger " virtuel " vous racontera ces contes ancestraux peuplés de fées et de sorcières : une véritable potion magique pour vous replonger dans le passé de nos ancêtres.

 


LES " PLUS " DE LA VISITE

- la possibilité de monter au pied du site en 4X4
- des guides expérimentés
- une nature protégée et un paysage spectaculaire d'une grande beauté
- un sentiment de solidarité et d'entraide qui se dégage dans ces vallées, entre les différents partenaires qui organisent des visites, les ruraux et les locaux qui vivent ici désormais, même s'ils ne sont pas natifs de la région


INFORMATIONS PRATIQUES

Une recommandation tout à fait personnelle, surtout si vous choisissez la formule en 4X4 :

Monsieur Alain Simon, guide agréé par le Parc du Mercantour tient le gîte " Le Bego " à 06430 Saint Dalmas de Tende. L'hiver, il organise aussi des sorties à traîneau avec ses chiens : un bon accueil, une ambiance conviviale, un logement agréable et des prix raisonnables.

Tél. : 04 93 04 65 32
Portable : 06 09 93 81 01
Site Internet : http://www.sherpamerveilles.com/

Autrement, il est possible de recevoir toutes les informations sur les organismes de randonnées pédestres, les excursions en 4X4, les refuges et les hébergements etc. en écrivant à l'Office du Tourisme de Tende :

Tél. 04 93 04 73 71
Site Internet : www.tendemerveilles.com

Ou au Syndicat Local " Merveilles, Gravures et Découvertes " :

Tél. 06 86 03 90 13
Fax : 04 93 35 39 34
Courriel : gravureinfo@yahoo.fr

 


Patricia MILAN (Juillet 2007)