LA VALLEE DE FONTANALBA
La fontaine de l'Aube

OU
SE TROUVE-T-ELLE ?
Proche de la frontière italienne, sur la commune de Tende et au cur du Parc du Mercantour dans les Alpes Maritimes, la Vallée de Fontanalba est un site tout à fait exceptionnel qui présente, avec la Vallée des Merveilles au pied du Mont Bego, environ 40 000 gravures datant de l'Age de Bronze. On estime que ces sites ont été ornés sur une période entre - 1 800 ans à - 1 500 ans avant notre ère.
Les zones gravées sont interdites d'accès sans un guide et c'est pour cela qu'il vous sera impératif de réserver votre visite à l'avance et de soigneusement préparer votre voyage (voir la rubrique de fin de l'article " Informations pratiques ")
Pour accéder à la Vallée de Fontanalba, vous tournerez à St Dalmas de Tende (le hameau avant Tende) en direction de Castérino où vous devrez garer votre véhicule afin de continuer votre périple à pied pendant à peu près 3h de marche ou vous choisirez d'effectuer ce parcours en 4X4 si vous ne redoutez pas d'être secoué pendant 2h comme un vieux sac de noix sur ce sentier abrupt Vous aurez aussi quelques frayeurs en côtoyant le vide des précipices mais cette formule en 4X4 a un avantage certain : vous n'arriverez pas exténué pour faire la visite du site qui s'étend sur 15 hectares et qui dure toute la journée ! Et ensuite avoir encore 3h de descente dans la foulée en chemin inverse pour rejoindre Castérino et votre véhicule
Cependant, si vous avez du temps, vous aurez alors tout loisir de réserver une nuit dans un des refuges de montagne et de rejoindre à pied le lendemain la Vallée des Merveilles (4h de marche) par le col de la Valmasque et qui se trouve de l'autre côté du Mont Bego pour en faire la visite le jour suivant. Différentes formules sont proposées selon vos goûts, votre budget et vos possibilités.
La visite de ces deux vallées est complémentaire et il serait dommage de n'effectuer la visite que d'une seule vallée. Toutefois, si vous devez commencer par l'une ou l'autre, choisissez d'abord celle de Fontanalba. Logiquement, cela peut se comprendre puisque les scientifiques pensent en fonction du style, qu'elle fut gravée avant celle des Merveilles. Et vous serez sans aucun doute séduit par la naïveté du style de ces gravures des premiers paysans du Néolithique et par ce grandiose paysage qu'ils ont choisi pour les effectuer.
QU'Y VOIT-ON ?

La faune et la flore étant protégées (la vallée est classée Monument Historique depuis 1989), vous allez être enchanté devant toutes ces beautés naturelles qui fleurissent en été : serpolet, campanule, oeillet des poètes et rhododendron sauvage, linaigrette, myosotis et joubarbe sensée lutter contre la foudre et le Diable Mais aussi, vous aurez l'occasion de voir de très près des bouquetins, des chamois, des rapaces, des marmottes et d'entendre leur sifflement aigu ainsi que le tintement rassurant des clochettes des troupeaux de vaches qui paissent durant la saison estivale dans ces pâturages d'altitude entre 2 000 et 2 500 m.


En ce qui concerne les gravures encore très nettement visibles malgré les siècles, cela s'explique aisément par le fait qu'elles sont protégées par la neige à peu près huit mois de l'année. On les trouve de préférence sur des roches en schiste de couleur orangée ou sur des grès violets ou roses plutôt que sur des roches en granit, dont la pierre est plus dure à travailler. Cependant, comme pour tous les témoignages datant de la Préhistoire, il n'y a pas de règle unique et il faut rester humble par rapport aux interprétations: si beaucoup de rochers rouges sont gravés, ils ne le sont pas tous et toutes les gravures ne sont pas non plus sur des roches rougeâtres. Toutefois, on peut penser que cette couleur, due à la présence d'oxyde de fer, a attiré les graveurs tout comme les roches présentant des cupules ou des concavités naturelles. Elles sont généralement orientées vers l'Est ou le Sud-est, en direction du Mont Bego qui culmine à 2 872 m. Et cela ne vous étonnera pas de savoir alors, que ces roches colorées attirent la foudre

Fraîchement gravées, les gravures ressortent fort bien et prennent une couleur verte. Elles ont été effectuées grâce à un travail de percussion directe ou indirecte, rotation et pression à l'aide de silex ou de quartz et on peut imaginer que le geste était au moins aussi important pour les Néolithiques qui les ont gravés, que le dessin lui-même. Nous pouvons aussi imaginer le son émanant des nombreux marteaux en train de percuter tous ensemble les roches et qui devait résonner dans le site comme une musique jouée sur un rythme particulier.

Ces gravures s'expriment à travers des signes tel que le taureau qui est symbolisé par ses cornes et sa tête. Il s'agit de gravures cultuelles ou de pictogrammes ou encore de pétroglyphes qui dénotent de rites sacrés proches ou en étroite relation avec la vie pastorale et agricole de ces populations protohistoriques.

Les signes corniformes et les araires sont les plus nombreux suivis par les armes et les outils, les figures anthropomorphes, puis des dessins géométriques et des quadrillages sensés possiblement représenter les terres, les champs, les enclos, peut-être des bassins de rétention d'eau (cercles martelés à l'intérieur), les semences, les récoltes, souvent reliés entre eux par des lignes martelées. On distingue des anthropomorphes formés par des signes/taureaux savamment emboîtés les uns dans les autres, comme en prière, leurs bras levés vers le ciel. Il arrive qu'une encoche phallique accentue le dessin et le masculinise ou les cornes se rejoignent pour former un rond évoquant le féminin et parfois même, un petit taureau a été gravé entre ces cornes qui se rejoignent (signe de fécondité ?). Parfois encore, les cornes sont en " zigzag " ou dites " sinueuses ", un peu comme un éclair de foudre stylisé.


Avant de vous demander quelle est la signification de ces gravures, arrêtez-vous un instant et regardez autour de vous : le mont Bego s'élève dans le ciel et le fond de la vallée est parsemé de petits lacs comme le Lac Vert.

Pour bien comprendre ces gravures, il faut nous replonger à l'époque où elles ont été faites, le Néolithique, c'est à dire le début de l'élevage et de l'agriculture. C'est donc aussi l'époque de l'essor des cultures et des religions. Les dieux prennent progressivement un visage humain. Les chasseurs/cueilleurs deviennent au fil des siècles des sédentaires, des villages se forment et l'ancien mode de vie ancestral de nomadisme du Paléolithique Supérieur est abandonné au profit de la domestication des sols et des animaux.
Ainsi, l'eau devient un élément indispensable. Et l'eau vient du ciel et de la montagne. Elle s'écoule dans les vallées à la fonte des glaciers, forme des lacs et assure l'irrigation des cultures en terrasse de ces vallées montagnardes.
Le Taureau/Vache est un animal sacré (et on peut se demander s'il ne l'est pas depuis plus longtemps si on se réfère à de nombreuses grottes ornées datant du Paléolithique Supérieur comme celle de Lascaux). Son mythe va se perpétuer et se propager dans tout le Bassin Méditerranéen. Dieu de la Foudre, il est installé sur la Montagne Sacrée et il est le lien entre le Ciel et la Terre. Il ensemence la Terre Mère. Voilà une des interprétations qui est proposée par les scientifiques qui se sont longuement penchés sur la question.

Grâce à l'étude des pollens, des carottages ont été effectués dans les tourbières et on sait que durant ces années pendant lesquelles les gravures ont été faites, deux ou trois périodes de sécheresse ont durement sévi. Serait-il possible que ces humains soient venus ainsi prier les dieux de leur envoyer l'eau salvatrice tandis que leurs récoltes grillaient au soleil? C'est une hypothèse tout à fait envisageable.

Plus en hauteur sur les roches de cette vallée, on distingue des " hallebardiers ", c'est à dire des humains dressant au-dessus de leurs têtes un manche assez long, terminé par une lame probablement en bronze. Il s'agit là aussi d'objets rituels. Il faut se rappeler que l'âge des métaux vient de voir le jour et que l'humain n'a jamais aussi bien maîtrisé le feu. Ces " hallebardes " sont tournées vers le ciel Parfois, elles sont associées à sept points qui peuvent peut-être représenter les sept astres visibles et observables dans la voûte céleste et qui ont donné leur nom aux sept jours de la semaine : la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et le Soleil Peut-être l'ébauche d'un premier calendrier agricole ?

Chaque rocher gravé porte désormais un nom. Arrêtons-nous
un moment devant celui nommé " la Roche aux Attelages ".
De nombreux attelages figurent les uns à côté des autres guidés
par des hommes : un joug, le timon et l'araire. Les bras des hommes sont levés
vers le ciel en signe de prière ou dans l'acte de féconder la terre.
S'agit-il là du sacrilège qu'il faut exulter ?
En effet, c'est
la première fois que l'homme ose enfanter la terre. Il la force en défrichant,
en labourant, en semant, en moissonnant et se place naturellement sous la protection
du Dieu Taureau. Une offrande et peut-être même un sacrifice devient
alors obligatoire pour cet outrage fait à la Terre Mère.
Au fur et à mesure que nous remontons ce vallon qui charrie l'eau à la fonte des neiges, nous constatons comme une progression : vers le bas les gravures représentent plus des terres et vers le haut, nous rencontrons plus de taureaux, de hallebardiers, d'armes et de signes énigmatiques.

Frapper la pierre pour en faire jaillir l'eau Ainsi, on retrouve dans la Bible une symbolique semblable quand Moïse fait jaillir l'eau du Mont Sinaï. Il est bien possible que les graveurs du Mont Bego soient venus eux aussi accomplir un rituel de même nature en vue d'obtenir de l'eau pour leurs cultures. D'ailleurs toutes les gravures sont bien faces au Mont Bego, considéré sans nul doute comme une montagne sacrée et le guide vous indiquera qu'il n'est pas inintéressant d'effectuer cette visite les jours de pluie car celle-ci ruisselle sur les roches et suit souvent les martelages effectués par les graveurs.

C'est d'ailleurs cette possible symbolique que l'on trouve inscrite sur une roche plus en hauteur et qui domine la vallée. Tel un triptyque, elle semble nous raconter une histoire et la mise en scène de ce rocher nous semble évidente: sur la première roche de gauche, englobé dans un cartouche, le dieu Taureau sacrifié et sa dépouille sacrée. Sur la seconde roche, toujours à l'intérieur d'un cartouche, un signe énigmatique pouvant représenter l'arbre de vie et un idéogramme quadrillé symbolisant la Terre. Puis se dégage une représentation de l'homme qui enfante la terre et des enclos reliés aux cultures, les hallebardes sont associées au dieu taureau ainsi que des semences et des récoltes. A côté d'une hallebarde comme un champ d'eau, des taureaux emboîtés dont l'un est sexué. Sur la troisième roche : une araire et des pointes de flèches. Ce rocher est tout à fait fascinant.





Quand les Egyptiens parlaient de leurs dieux, ils les mettaient dans des cartouches. Bien que l'Egypte soit fort lointaine du Mont Bego et qu'à l'époque de ces gravures, les Egyptiens avaient déjà construits leurs premières pyramides, une possible relation entre ces gravures et les Egyptiens et même entre les mythes indo-européens et ces gravures n'est pas à exclure. Et quand on sait que l'idéogramme chinois de la terre est un carré quadrillé Voilà de quoi laisser vagabonder notre imagination sur des hypothèses variées et sur les points communs entre ces différentes civilisations fortement éloignées les unes des autres dans le temps et dans l'espace
Voici donc une des lectures proposées : ces gravures décriraient le royaume du Dieu Taureau sacrifié pour le renouvellement de la vie après la mort et de celui de la Terre qui fait vivre les humains On retrouve étrangement dans cette lecture aussi, le mythe d'Oedipe car quand l'homme devient agriculteur pour la première fois, il va enfanter symboliquement sa mère.
Quoiqu'il en soit, ce qui se dégage avec puissance dans cette Vallée de Fontanalba, c'est sans doute l'esprit de collectivité et le lien social au travers de ces gravures. Il semble que toute une communauté soit venue graver sur ces roches et implorer pour que l'eau coule assurant ainsi la prospérité des cultures et par-là même, la vie des humains sur terre.
Fontanalba avec le Mont Ste Marie et son lac derrière, est le fief de légendes sur la renaissance à la vie et contre le Diable qui courent dans la région depuis des siècles. Ici, les valeurs paysannes ont été privilégiées jusqu'au 19ème siècle (voir article sur la Vallée des Merveilles). Mais pour nous, simples visiteurs, cette vallée est très sûrement le meilleur endroit pour avoir une très belle vue sur le Mont Bego, faire une promenade inoubliable et nous rapprocher de ces anciennes croyances sur lesquelles a été fondée notre société moderne.
LES " PLUS " DE LA VISITE
-
la possibilité de monter au pied du site en 4X4
- des guides expérimentés
-
une nature protégée et un paysage spectaculaire d'une grande beauté
-
un sentiment de solidarité et d'entraide qui se dégage dans ces
vallées, entre les différents partenaires qui organisent des visites,
les ruraux et les locaux qui vivent ici désormais même s'ils ne sont
pas natifs de la région
INFORMATIONS
PRATIQUES
Une recommandation tout à fait personnelle, surtout si vous choisissez la formule en 4X4 :
Monsieur Alain Simon, guide agréé par le Parc du Mercantour tient le gîte " Le Bego " à 06430 Saint Dalmas de Tende. L'hiver, il organise aussi des sorties à traîneau avec ses chiens : un bon accueil, une ambiance conviviale, un logement agréable et des prix raisonnables.
Tél.
: 04 93 04 65 32
Portable : 06 09 93 81 01
Site Internet : http://www.sherpamerveilles.com/


Autrement, il est possible de recevoir toutes les informations sur les organismes de randonnées pédestres, les excursions en 4X4, les refuges et les hébergements etc. en écrivant à l'Office du Tourisme de Tende :
Tél.
04 93 04 73 71
Site Internet : www.tendemerveilles.com
Ou au Syndicat Local " Merveilles, Gravures et Découvertes " :
Tél.
06 86 03 90 13
Fax : 04 93 35 39 34
Courriel : gravureinfo@yahoo.fr
Patricia MILAN (Juillet 2007)