LA GROTTE DE NIAUX

Dans les profondeurs du Magdalénien

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OU SE TROUVE-T-ELLE ?

Ce qui ne manque pas de nous surprendre dès que nous quittons Tarascon sur Ariège pour nous engouffrer dans la vallée du Vicdessos, c'est l'atmosphère tout à fait particulière qui y règne. Après quelques kilomètres, nous débouchons sur le village de Niaux et si nous levons les yeux sur la gauche en hauteur, nous apercevons la grotte, reconnaissable à sa sculpture monumentale de l'architecte Fuksas, aussi austère et grandiose que le paysage qui l'entoure.

A l'entrée, sous l'immense porche naturel qui est actuellement l'accès artificiel à la grotte, une phrase de Paul Valéry : " Tout homme crée sans le savoir comme il respire. Mais, l'artiste se sent créer, son acte engage tout son être ". Au lointain, nous entendons le martèlement sourd et répétitif de la forge de Niaux…

Tout un programme pour débuter une visite dans les entrailles obscures des montagnes ariégeoises, modelées par l'eau et le calcaire.

 

QU'Y VOIT-ON ?

Il faut déjà parcourir 500 mètres avant de se trouver nez à nez avec les premiers dessins.

Cette marche se fait dans l'obscurité à l'aide de lampes individuelles ; en effet, la grotte n'est pas électrifiée. Nous avançons par moments en file indienne, tout en faisant attention aux nombreuses aspérités du sol, puis nous traversons des galeries, nous montons des marches, nous nous baissons par endroits quand les passages se font plus étroits. Au passage, nous découvrons les signatures de récents visiteurs indélicats durant l'année 1857, l'entrée initiale bouchée de nos jours par un éboulis et une stratigraphie datant des années 1970 qui est restée en l'état.

Le premier panneau préhistorique nommé " Panneau indicateur " est constitué de signes et de points rouges et noirs. Ils sont peints à l'aide d'un savant mélange de colorant minéral (oxyde de fer et/ou de manganèse), de minéral broyé comme charge et d'un liant à base de matières grasses ou d'eau.

Ils sont aussi mystérieux que le message qu'ils nous délivrent et nous invitent à poursuivre plus avant. Cependant, il est important de s'arrêter suffisamment longtemps devant ce rocher peint et les signes énigmatiques qu'il comporte. Si leur signification nous fait défaut, nul doute que son importance fut majeure pour les artistes préhistoriques et sa composition ne laisse rien au hasard.

Environ 300 mètres plus loin, après avoir monté une butte, nous pénétrons dans une vaste salle en cul de sac qui possède une belle acoustique et dont le plafond haut ressemble à une coupole; il s'agit du fameux "Salon Noir". Il possède à lui seul 80% des œuvres graphiques sur six différents panneaux.

De nombreuses descriptions du bestiaire de cette salle ont déjà été faites. Toutefois, sans tomber dans les lieux communs, il faut souligner ici, l'extrême finesse et le réalisme de la facture de ces dessins qui ont parfois été d'abord esquissés avant d'être peints. En particulier, sur le panneau 4, une tête de bison remarquable, non tant par son réalisme que par son style empreint de détails impressionnants : contour de l'œil cerclé de noir, larmier, cornes fines, sabots et encolure délicats…

Un bouquetin, dessiné dessous un bison et presque dans ses pattes, évoque la parfaite maîtrise de l'art du dessin au trait que possédaient les différents artistes magdaléniens qui ont laissé leur témoignage dans ces galeries souterraines. En effet, il est estimé par les spécialistes, qu'il y aurait sans doute eu deux cultures différentes, séparées de 500 à 1000 ans qui seraient venues œuvrer à Niaux.

Encore, un autre bouquetin, magnifique, avec ses immenses cornes en dents de scie, recourbées en arc de cercle et qui semble grimper le long de la paroi…

Il ne faut certainement pas oublier d'évoquer le grand cheval barbu dit " Barbu pyrénéen " sur le panneau 3 ; il semble sourire et être endormi debout, chevauché sur sa croupe par un bouquetin à peine esquissé… et toujours cette invraisemblance de la taille et de la nature des animaux regroupés ensemble sur la paroi, parfois même superposés, liées à un réalisme évident.

D'ailleurs, en évoquant le réalisme de ces peintures, sur le panneau 6, il serait presque possible de parler de " visages humains " tant ces bisons ont des traits qui ne représentent forcément leur espèce. Les artistes préhistoriques qui ont exécutés ces peintures avaient décidément un style bien particulier et personnel.

Certains dessins sont relativement grands, d'autres plus petits, certains se chevauchent. La plupart ont beaucoup souffert des infiltrations qui lessivent les parois malgré les gouttières qui ont été aménagées pour détourner l'eau.

A noter que beaucoup de ces dessins sont marqués d'un ou de plusieurs traits en forme de flèche ; il reste toutefois hasardeux d'interpréter ces signes par de simples représentations d'armes de jet. Nous remarquons également qu'un bison est surmonté d'un signe claviforme rouge sur son dos.

Comme toujours, ces différents signes associés aux animaux nous permettent de laisser vagabonder notre imagination sur d'hypothétiques significations reliées à des rituels " chamaniques " ou pas ou encore à des croyances magiques. Quoiqu'il en soit, il paraît tout à fait probable que les Magdaléniens furent de grands mystiques animés d'une spiritualité reliée à leur environnement et à leur mode de vie.

LES " PLUS " DE LA GROTTE

- Elle est ouverte toute l'année, mais comme le nombre de visiteurs est limité, il faut impérativement réserver.

- Un site sur Internet, très complet, notamment sur les parties interdites au grand public et l'historique de la découverte de la grotte, les préhistoriens célèbres qui y ont défilé pour l'étudier, mais aussi les autres sites couplés à visiter dans la région, etc.

- Le Parc de la Préhistoire de Tarascon est ouvert de fin mars à la fin des vacances de la Toussaint : des animations et des ateliers à vocation préhistorique y sont proposés aux visiteurs. Il est aussi possible d'y voir des facsimilés du Salon Noir et d'autres parties de la grotte (consulter l'article sur le Parc Préhistorique de Tarascon).


RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Tél : 05 61 05 10 10 ou 05 61 05 88 37
Fax : 05 61 05 10 99
Site : www.sesta .fr
Mail : info@grands-sites-ariege.fr

(Mars 2003 et réactualisé en février 2011)



Vue de la grotte de Niaux...


PATRICIA MILAN