LES GROTTES D'ISTURITZ ET OXOCELHAYA
De 80.000 à 10.000 ans avant J.-C. : à mi-chemin
entre Lascaux et Altamira
OU SE TROUVENT-T-ELLES?
Au fin fond du Pays Basque et dans un écrin de verdure. Du moins, début octobre. Elles sont assez isolées, et une petite route y conduit. Le chemin est fort agréable car la région est magnifique, ça sent déjà l'Espagne toute proche et l'océan à moins de 30 minutes en voiture. Il y a toute une histoire sur la terre de cette région des Pyrénées : le chemin de Compostelle, la culture basque, l'invasion des Maures de quoi flatter l'appétit d'imaginaire des visiteurs des grottes d'Isturitz et Oxocelhaya, et leur donner envie de voir de plus près ce qu'ont laissé nos ancêtres dans les cavernes de la colline de Gaztelu.
QU'Y VOIT ON?
La visite générale dure 45 minutes, durant lesquelles on passe tout d'abord dans une grande caverne qui fut habitée par les hommes dont le premier fut Néandertal et qui fait encore l'objet de recherches en cours. La seconde salle est très impressionnante par sa taille, son haut plafond et l'immense colonne qui se dresse en son milieu. On peut y admirer une gravure, ce qui est rare dans une grotte habitée. Elle se trouve un peu avant l'entrée de la deuxième grotte, totalement différente de la première. Elles ont été longtemps séparées par une rivière souterraine et cette dernière n'a été découverte que tardivement par les habitants de la caverne. Ici, on est au cur d'un joyau minéral, et plusieurs salles sont de toute beauté grâce aux concrétions de calcaire et aux merveilleux "jeux d'orgue" naturels, draperies somptueuses qui dégoulinent des parois, du plafond, et se plaisent à créer un décor tout à fait insolite et merveilleux.
Le guide prend même la peine d'enchanter ses visiteurs d'un "mini concert"
de percussion, ce qui permet d'imaginer, les yeux mi-clos, l'ombre de nos chers
préhistoriques du Paléolithique Supérieur, une torche à
la main en marche vers les profondeurs de la grotte pour y laisser leur empreinte
humaine.
C'est ici que s'arrête
la visite, et elle n'en montre pas d'avantage à notre grand désarroi.
Mais, rassurez-vous, il y a une visite spéciale "Préhistoire
et Géologie" le dimanche à 11h et sur rendez-vous
On peut y voir les dessins et gravures qu'ont laissés en sous-sol ces Magdaléniens
des temps anciens.
LES "PLUS" DE LA VISITE
Le site est doté
d'une boutique "Nature et Préhistoire" où l'on
trouve des bouquins tels que La plus belle Histoire de l'Espèce ou Les
hommes de Néandertal, des bijoux (pendentifs de Vénus, bisons, etc),
des cartes postales de quelques célébrités de l'époque
(Homo Abilis, Homo Erectus
), des figurines diverses, etc.
La dame qui
tient la boutique est une fort agréable personne qui vous fera visionner
une cassette (sur demande, il faut téléphoner au préalable
) des dernières découvertes dans les grottes : un silex taillé
qui vient de la région de Lascaux, par exemple. Ce qui laisse la possibilité
d'entrevoir des relations entre les humains, des rencontres, des échanges,
des rassemblements peut-être ?
LES "PLUS" DE LA GROTTE
.
Une ferme "Produits du pays" ;
. Un musée "Nature et
Préhistoire" ;
. Aulame, un service de Médiation en Préhistoire
qui propose de la découvrir au travers d'activités ludiques (naissance
du feu, art de la peinture et manipulation des armes de chasse).
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Madame Joëlle DARRICAU
Grottes D'isturitz et Oxocelhaya
64640 DONAMARTIRI
Téléphone : 0559296472
Fax : 0559473017
Mail: cromagnon@grottes-isturitz.com
Aulame : aulame@aol.com
Site Internet:.grottes-isturitz.com
ISTURIZ/OXOCELHAYA-HARIZTOYA/ERBERURA
La visite du dimanche à 11h...
Cette visite dure au moins 2h. Elle suit les traces de la visite générale
mais elle donne beaucoup plus de détails et permet de voir quelques dessins
situés dans la galerie Georges Laplace.
Elle débute par le visionnage d'une vidéo sympathique d'une dizaine
de minutes sur le site, les fouilles, les dernières découvertes
et les diverses activités annexes de la grotte.
Puis, le guide entame son commentaire par une présentation générale
du site, sur la terrasse devant l'entrée. On y apprend que le climat favorable
d'influence océanique explique en grande partie l'occupation de la grotte
d'Isturiz depuis 80 000 ans. Une végétation et une faune abondante
composée de rennes mais aussi de cerfs (contrairement à d'autres
régions où seul le renne était présent), chevaux et
bisons en a fait un lieu idéal d'habitat pour des tribus nomades. De plus,
sur cette colline de Gaztelu, on domine la vallée et la rivière
Arberoue d'où nos chers Préhistoriques pouvaient aisément
apercevoir le gibier qui en suivait son cours.
Au cur de cette zone
Franco-Cantabrique, c'est au Secondaire que se forme la roche, puis au Tertiaire,
la colline. Des failles dans le calcaire ont permis à l'eau de faire son
ouvrage. On sait maintenant que cette colline renferme trois cavités superposées.
Au sommet de la colline, sont encore visibles les ruines du château Rocaforte
datant du Moyen-Age. On a également trouvé des monnaies de l'époque
gallo-romaine, qui ont été jetées dans la grotte. Enfin,
à l'âge de bronze, les sédentaires de la région déposaient
leurs morts à l'entrée (une cinquantaine de cadavres l'atteste).
Tout cela nous ayant mis en appétit, nous allons donc pénétrer
maintenant à l'intérieur de ce sanctuaire à l'histoire aussi
riche que diverse.
LA PREMIERE GROTTE : ISTURIZ
Au temps préhistoriques, il y avait un grand porche qui s'étendait jusque sur la terrasse actuelle. La lumière du jour y entrait naturellement. Les fouilles reprises depuis six ans s'offrent au visiteur dès l'entrée de la première salle qui est très vaste. Différentes stratigraphies mettent en évidence la succession de l'occupation humaine du Moustérien au Magdalénien. Actuellement, on se penche surtout sur la période aurignacienne, c'est à dire cette période charnière où notre ami Neandertal a disparu. Evidement, des milliers d'objets ont été extraits de ces fouilles : outils en silex en provenance des gisements régionaux de Bidache ou de la Chalosse, pointes de sagaies, burins, racloirs, grattoirs, perçoirs mais aussi des objets en bois de renne ou fabriqués à partir d'ossements comme les statuettes en rondes-bosses aplaties de chevaux, bisons et mammouths et ces objets gravés de tracés abstraits curvilignes, géométriques ou en spirale sur baguettes demi-rondes tout à fait spécifiques à cette grotte ainsi que des représentations humaines, ce qui est assez rare comme nous le savons. On peut en admirer quelques spécimens dans le musée de la grotte ainsi qu'un magnifique phallus en ronde-bosse sculpté dans du grès, grandeur nature si on peut dire et qui laisse assez rêveur
La deuxième salle est très impressionnante par ses 15 mètres de hauteur et ses 100 mètres de long et l'immense colonne de calcite qui s'érige en son milieu. Elle fut formée par une rivière dont les tourbillons puissants ont laissé des marques en forme de marmites, encore visibles au plafond. Il est même possible que la rivière en crue soit revenue visiter la cavité par la suite et que, par son action de corrosion et de mécanique, les mouvements des galets ont formé cette colonne. Fermée actuellement par un éboulis, il faut imaginer cette salle, elle aussi, inondée par la lumière du jour aux temps préhistoriques. Mais le plus étonnant de cet habitat est le merveilleux panneau gravé de trois rennes superposés. Un peu plus haut, on devine encore un cheval ou un bouquetin, peutêtre un cerf ? Sous la patte arrière, on remarque 3 barres obliques. Quoiqu'il en soit, ces gravures étaient cachées sous des sédiments datés de 17 000 ans. Lors d'un moulage, on a retrouvé du pigment de couleur, ce qui peut laisser penser qu'elles étaient également peintes. Devant, les traces d'un foyer, des pierres plates étaient disposées pour permettre aux convives de s'asseoir. Alors, là, vous avez tout loisir de " les " voir vraiment Imaginez un soir de pleine lune avec la lumière de l'astre pénétrant par l'ouverture s'ouvrant sur la nuit étoilée, toutes et tous assis autour du feu de bois, l'ombre des flammes dansant sur la gravure, lui donnant vie, les rennes galopant vers leur destin et ces hommes, nos ancêtres, entrain de fredonner des mélodies, de prier peutêtre ou de se raconter des histoires en riant, de narrer justement l'histoire de ces trois rennes qui sont repartis vers le ciel, leurs superbes sabots finement ciselés traversant les collines, les montagnes, les forêts à la vitesse du vent jusqu'à l'océan, cette grande eau toute proche
LA DEUXIEME GROTTE : OXOCELHAYA/HARIZTOYA
(Le plateau du loup-la chênaie)
Actuellement, on y accède par Isturiz et quelques marches à descendre puisqu'elle se situe à 15m de profondeur de l'entrée principale, soit 80m au dessous du sommet de la colline. Mais aux temps préhistoriques, on y pénétrait par une entrée située sur un autre flan de la colline. Cette grotte n'a jamais servi d'habitat et elle n'était pas éclairée par la lumière du jour. En revanche, on y découvre les gravures et dessins de la galerie Laplace (découvertes en 1955). Tout d'abord " le petit cheval " exécuté au charbon de bois. On l'appelle aussi le pottok. C'est un dessin très net, d'un trait sûr et sans bavures. Ce petit cheval trapu ne manque par de charme même s'il est relativement sans grâce et avec peu de détails. Néanmoins, c'est son côté naïf qui séduit. Ensuite, vient un " bison vertical " presque couché en arrière, assez difficile à voir, au charbon de bois. C'est sa position insolite qui étonne le plus. Encore, une " tête de cheval " dont le style est assez particulier. S'agissait-il d'un code spécial ? Enfin, un " grand cheval " gravé très très difficile à voir.
Les merveilles naturelles de cette grotte sont déjà décrites dans la visite générale et nous ne nous étendrons pas plus sur cette magnifique cathédrale de style baroque dû aux concrétions de toute beauté : cascades pétrifiées de calcite, " choux-fleurs ", délicates draperies multicolores, coulées de calcite etc Un véritable régal pour le regard !!! Toutefois, on peut également laisser aisément divaguer son imagination dans cet univers féerique. Tout comme cette visiteuse qui a mentionné que l'endroit lui rappelait une boite de nuit, on peut se plaire à penser que Cro-Magnon utilisait les lieux pour y faire en quelque sorte, ce que l'on appelle de nos jours des " raves parties " (les stalactites donnent la possibilité de jouer des percussions, l'acoustique y est du reste tout à fait excellente et on a retrouvé aussi des flûtes en ossements de vautour). Et pourquoi pas, après avoir peutêtre absorbé des substances hallucinogènes, tentait-il de communiquer avec les " esprits " qui habitaient les entrailles de la terre, en chantant, dansant, dessinant et en faisant de la musique. Mais ce ne sont que des hypothèses bien sûr
LA TROISIEME GROTTE : ERBERURA
Même si on ne peut pas, hélas, la visiter, on est heureux de savoir qu'elle existe et qu'elle renferme dans ses mystérieuses cavités difficilement accessibles plus de 124 représentations de l'art pariétal. Aujourd'hui parcourue par la rivière Arberoue, elle est défendue de part et d'autre par deux siphons. Il faut donc plonger pour accéder aux parties à sec où se trouvent les chefs d'uvres. Cette grotte étant privée, tout comme les deux autres, il faut espérer qu'un accord sera un jour possible entre les propriétaires et les autorités afin de pouvoir nous faire découvrir ces inédits. Qui vivra, verra !!!
Enfin, il faut souligner pour terminer, que les grottes d'Isturiz-Oxocelhaya fêtent cette année 2003 leur Cinquantenaire. Un bon nombre de manifestations vont souligner cet événement. Déjà, au cours de la visite générale ou du dimanche, on peut admirer les uvres d'un sculpteur contemporain Goïko, disséminées ça et là sur le parcours de la visite. Leurs ombres évocatrices se reflètent sur les parois des grottes. A découvrir
Le guide, un homme fort sympathique, laisse entrevoir la possibilité dans un futur proche de " visites contemplatives " qui donneraient la possibilité aux passionnés que nous sommes de faire une visite dans le silence des grottes. Une idée à creuser et qui nous l'espérons, fera son chemin.
(FEVRIER 2003)