LA GROTTE DE FONT-DE-GAUME

L'incontournable horde de bisons

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OU SE TROUVE-T-ELLE ?

Si vous ne deviez visiter qu'une seule grotte en Dordogne (ce qui serait toutefois bien regrettable), il faudrait que cela soit celle-ci. Non seulement parce qu'il s'agit de la dernière cavité à peintures polychromes ouverte au public, mais aussi parce que Font-de-Gaume est un site tout à fait remarquable, une apogée de l'art pariétal magdalénien en quelque sorte. Les œuvres qu'elle renferme ont été découvertes en 1901 bien que la grotte fut visitée de tout temps. A la sortie du village des Eyzies, vous trouverez facilement son emplacement au bord de la route en direction de Sarlat. Déjà, le petit sentier de 400 m qui vous mènera jusqu'à elle est une invite, une promesse des beautés datées de 15 000 ans que vous allez découvrir. A flanc de falaise, l'entrée se situe sur une petite plate-forme, nichée sous un auvent érodé par les eaux et les années dans les tons ocres. Ici, tout n'est que miel et douceur dans les formes ventrues et creusées de la roche calcaire.

QU'Y VOIT-ON ?

Avant de pénétrer dans l'enceinte de la grotte, vous aurez droit à un petit commentaire de la part de la guide sur le milieu très fragile dans lequel vous allez évoluer durant toute la visite et on vous demandera de laisser vos sacs et tout objet qui pourrait nuire à la conservation du site. Une précaution bien utile pour prendre conscience du trésor que vous allez découvrir et que beaucoup de visiteurs ignorants, trop souvent hélas, négligent et qu'il faut sans cesse rappeler aux oreilles étourdies ou peu soucieuses du respect des lieux.


Le réseau des galeries fait à peu près 200 m et il vous faudra en parcourir une soixantaine avant de contempler les premiers dessins. Sur les 230 œuvres, nous n'en verrons qu'un dixième, mais quel dixième ! ! ! Nous suivons une faille étroite. L'éclairage au sol diffuse une lumière douce et tamisée. Dans les parties proches de l'accès, les dessins ont pratiquement disparus trop soumis aux variations de température externe et aux visites de nos proches ancêtres qui ont ici aussi, laissé des marques de leur passage indiscret sur les parois, totalement inconscients des vestiges préhistoriques qui s'y trouvaient.


Pour commencer, nous voici devant une série de 6 bisons bruns accompagnés en dessous de 3 mains négatives. Ici, nos artistes ont peint accroupis donnant une vision très dynamique à l'ensemble de la composition ; un mélange de rouge et de noir, les couleurs prédominantes de ce sanctuaire, produites grâce à des pigments naturels présents dans la région. Faut-il préciser que toutes les techniques ont été utilisées pour exécuter les œuvres de cette grotte ? Ici, on a raclé, gravé, peint, soufflé, badigeonné, crayonné, tamponné… La technique des artistes est parfaite, rien n'est laissé au hasard et cette maîtrise picturale est tout à fait impressionnante en des temps si reculés. Deux remarques ont été faites sur les bisons. La première concerne l'alternance des couleurs ; le rouge et le noir sont en opposition quand les animaux sont dos à dos. La seconde se porte sur le sexe ; il existe des mâles et des femelles et une dominance de rouge pour ces dernières.


Nous poursuivons la visite par un bison " concave ", parfaitement adapté à la configuration de son support naturel et si la guide éteint la lumière, il apparaît très distinctement… Juste en face, un autre bison couché, ce qui est rare. En continuant notre cheminement, nous nous rendons soudain compte qu'ils sont absolument partout autour de nous ! ! ! Ils nous accompagnent, nous escortent et même si certains sont partiellement effacés, leur présence et leur énergie s'insinuent en nous. Quel extraordinaire pouvoir, vous en frissonnerez d'émotion…Elle montera en vous comme un torrent de tendresse et peut être sentirez-vous les prémisses d'une larme poindre dans votre regard émerveillé…


On a dénombré beaucoup de signes : 25 sur la droite et un seul sur la gauche. Le tectiforme est le plus présent, peint ou gravé, associé ou non aux animaux ajoutant son énigme à l'ambiance sensuelle des lieux.


Toujours dans la Galerie Principale, arrêtons-nous un moment devant la fameuse scène de la " parade sexuelle des rennes ", à la fois peinte et gravée : le mâle bien reconnaissable à ses magnifiques andouillers bruns se penche vers la femelle à genoux devant lui. Tous les détails des 2 cervidés sont minutieusement et finement gravés, de la ligne dorsale aux pattes en passant par la tête et les bois. Il semble que le mâle dont le museau touche presque le front de la femelle, sort timidement sa langue et y dépose un " baiser ". Quelle poésie ! ! ! Et si vous n'avez pas encore versé votre larme, elle pointera maintenant au coin de votre œil attendri…


Non loin de là, dans le seul endroit de la grotte qui permet un recul d'une dizaine de mètres, encore un superbe renne sans tête, ce qui ne nuit pas à l'ensemble du reste de la composition puisqu'il se situe à un contour de l'arête rocheuse. Il est suivi d'un bison très " naïf " au trait noir. En nous déplaçant de droite à gauche et vice versa, son œil nous suit… En superposition, un bel exemple de perspective tordue : un renne dont les bois sont dessinés de face sur l'animal de profil donnant une impression de relief. C'est une très belle frise monochrome noire où les rennes et les bisons se côtoient dans une grande sérénité ! ! !


Dans la Galerie Latérale, nos artistes se sont servis allègrement des formes naturelles de la paroi pour dessiner d'un épais trait noir, 2 chevaux qui se suivent. Le membre postérieur du premier ainsi que sa queue sont suggérés par la calcite, les draperies naturelles évoquent le rebondi de son ventre, sa crinière, son pelage. Il s'agit là d'une scène très vivante car le second cheval fait mine de sauter sur la croupe du premier évoquant ainsi une scène bien commune, celle de chevaux jouant ensemble… Nos artistes se sont juste bornés à suivre les contours des concrétions nous démontrant une fois de plus leur talent et leur parfaite connaissance de l'art qu'ils pratiquaient. On pense qu'une seule " école " a réalisé l'ensemble des œuvres de la grotte.


En revenant dans la Galerie Principale, nous admirons encore une belle frise de bisons bien conservés, noirs et rouges, finement gravés, formant un ensemble très vivant, bien adapté au modelé de la roche. Ici, le sol ayant été abaissé, on a pu retrouver quelques outils : 2 bâtonnets de couleur, un tube en os rempli de poudre, une lampe à graisse et un foyer.


Enfin, la visite se termine par le Cabinet aux bisons, le clou du spectacle… Dans une alcôve naturelle, peintes sous la voûte, une dizaine de bisons (dont une tête de bovidé très gracieuse ) évoluent " en l'air "… Quatre de ces bisons sont encore en très bon état de conservation. Dans ce petit espace concave, l'ensemble est très émouvant. A noter un enchaînement à partir de la queue du premier vers les second et troisième. Cette " chapelle " dédiée à cet animal dont la puissance et la force tranquille ne nous sont plus étrangers maintenant, nous invite à un plus grand respect de la vie sous toutes ses formes. Font-de-Gaume est d'une beauté absolue.

LES " PLUS " DE LA VISITE

- Une visite de qualité avec une guide académique, joviale, sympathique, ferme et enjouée, à l'écoute du visiteur

LES " PLUS " DE LA GROTTE

- Une très belle librairie sur la Préhistoire bien achalandée
- En souvenir, quelques belles reproductions


RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

tél. : 05 53 06 86 00/05 53 06 45 45
Fax : 05 53 35 26 18/05 53 06 45 67
Un site : www.leseyzies.com/grottesornees
Un mail : Mnp.eyzies@culture.gouv.fr

Réserver impérativement car nombre de visiteurs limité par visite.

(MAI 2003)

La Maison des Guides

 

PATRICIA MILAN