LA GROTTE DE FONT-DE-GAUME
L'incontournable horde de bisons

OU SE TROUVE-T-ELLE ?
Si vous ne deviez visiter qu'une seule grotte en Dordogne (ce qui serait toutefois fort regrettable), il faudrait que cela soit celle-ci ; non seulement parce qu'il s'agit de la dernière cavité ouverte au public présentant des peintures polychromes, mais aussi parce que Font-de-Gaume est un site tout à fait remarquable et en quelque sorte, une apogée de l'art pariétal magdalénien.
Cette grotte ne fut jamais fermée et elle fut visitée de tout temps par les autochtones (qui laissèrent quelques traces indélicates de leur passage, surtout dans la dernière partie du 19ème siècle, plus par ignorance que par bêtise, si nous nous replaçons dans le contexte historique de cette époque là où la Préhistoire en était à ses tout débuts). Les uvres qu'elle renferme furent découvertes officiellement le 12 septembre 1901 par M. Denis Peyrony, instituteur du village des Eyzies-de-Tayrac et ce fut à partir de ce moment-là que son accès fut réglementé.
A la sortie du village des Eyzies, vous trouverez facilement son emplacement au bord de la route en direction de Sarlat. Déjà, le petit sentier à gravir de 400 mètres qui vous mènera jusqu'à elle, est une invite et une promesse des beautés datées de 14 000 ans que vous allez découvrir.
A flanc de falaise, l'entrée se situe sur une petite plate-forme, nichée sous un auvent érodé par les eaux et les années. Ici, tout n'est que miel et douceur dans les formes ventrues et creusées de la roche calcaire.
QU'Y VOIT-ON ?
Avant de pénétrer dans l'enceinte de la grotte, vous aurez droit à un petit briefing de la part du ou de la guide, sur le milieu très fragile dans lequel vous allez évoluer durant toute la visite ; une précaution bien utile pour prendre conscience du trésor que vous allez découvrir et que beaucoup de visiteurs ignorants (trop souvent hélas) négligent et qu'il faut sans cesse rappeler aux oreilles étourdies ou peu soucieuses du respect des lieux.
Cette cavité est surveillée en permanence par des appareils qui mesurent la quantité du gaz carbonique, le nombre quotidien de visiteurs est limité et nous pouvons dire qu'il s'agit encore d'un véritable privilège de pouvoir visiter cette cavité de nos jours.
Nous empruntons le même chemin que celui des artistes magdaléniens ; il débute par une galerie sinueuse et étroite. Autrefois, celle-ci était aussi ornée de peintures, mais il n'en reste presque plus rien de nos jours à cause de la pénétration de l'air qui a fini avec le temps et l'érosion, par les effacer. Il faut préciser que l'air de la grotte contient 98% d'humidité et qu'elle a contribué à la conservation des couleurs des peintures logées plus profondément.
L'éclairage au sol diffuse une lumière douce et tamisée, en totale harmonie avec la couleur des parois très claires.
Les deux couleurs principales des peintures sont le rouge et le noir.
Le rouge est de l'oxyde de fer et le noir est du manganèse : des
couleurs minérales que les Préhistoriques trouvaient à
l'extérieur, dans leur environnement naturel. A noter que l'emploi
de manganèse prédomine quand même à Font-de-Gaume.
La particularité de cette cavité est que les artistes travaillèrent beaucoup ces couleurs pour en tirer une palette très variée allant du rouge au noir, en passant par le brun foncé.
Le réseau des galeries fait à peu près 200 mètres ; des 230 uvres, nous n'en verrons qu'un dixième mais quel dixième !
Nous parcourons une soixantaine de mètres avant de contempler les premiers dessins, juste après le Passage du Rubicon ; la galerie s'élargit à cet endroit particulier. Nous voici devant une série de cinq bisons. Le premier est dominé par la couleur rouge, le second est noir et il fait face à un troisième bison coloré de rouge. Enfin, le quatrième et le cinquième bison bruns suivent naturellement les autres. Ces animaux sont tous tournés vers l'extérieur de la grotte, sauf le troisième.
Deux remarques ont été faites sur les bisons de cette grotte :
- la première concerne l'alternance des couleurs : le rouge et le noir sont en opposition quand les animaux sont dos à dos.
- la seconde porte sur le sexe des animaux : il existe des mâles et des femelles et une dominance de la couleur rouge pour ces dernières.
Bien entendu, ces parois ont été minutieusement étudiées par les artistes avant l'exécution des images parce que les peintures tiennent toujours compte du modelé de la paroi, tout en respectant totalement les proportions des animaux.
Le sol de nos jours est abaissé et ici, nos artistes ont peint accroupis donnant une vision très dynamique à l'ensemble de la composition. Faut-il préciser que toutes les techniques ont été utilisées pour exécuter ces uvres? Les artistes ont raclé, gravé, peint, soufflé, badigeonné, crayonné, tamponné La technique est parfaite, rien n'est laissé au hasard et cette maîtrise picturale est tout à fait impressionnante en des temps si reculés. Il nous faut imaginer bien évidement, des couleurs beaucoup plus fortes et plus vives que celles que nous voyons de nos jours, partiellement altérées et absorbées par la paroi.
Il fut retrouvé lors des fouilles, des bâtonnets de couleurs, des petits os par lesquels la peinture était soufflée, une lampe à graisse, l'emplacement d'un feu et quelques burins qui ont servi pour exécuter les gravures ; ces artefacts sont visibles au Musée de Préhistoire des Eyzies-de-Tayrac.
Dans cette partie, il y a des peintures jusqu'à quatre mètres de hauteur et peut-être plus haut encore, puisque la voûte se trouve à une dizaine de mètres au-dessus de nous. Nous savons que les artistes utilisaient des échafaudages de bois pour se surélever dans les parties hautes.
Le bison est l'animal roi de cette cavité ; il en a été dénombré 82.
Nous voici devant un autre bison, parfaitement adapté à la configuration de son support naturel plat et si la lumière est éteinte, il apparaît très distinctement. Ici, l'artiste a donné du relief par des jeux de couleurs.
Avec la lumière des torches ou des lampes à graisse, les Préhistoriques avaient une toute autre vision ; les flammes bougeaient et faisaient ressortir les contours naturels et avec les jeux d'ombre, cela donnait du mouvement aux images.
Nous poursuivons la visite par un bison " concave " dont les cornes sont rouges, le seul spécimen ayant cette particularité. Nous voyons très distinctement le contour de sa tête, son il ; le contour de son dos et sa bosse passent derrière une arête rocheuse. Le trait est parfait, très appuyé, sans repentir et il semble avoir été fait d'un seul jet. L'association de la peinture et de la gravure dans la grotte est constante, sauf pour deux bisons, dont celui-ci. Il existe aussi un autre bison " concave " de deux mètres de long (mais abîmé par des graffitis).
Il fut dénombré beaucoup de signes : 25 sur la droite et un seul sur la gauche. Le tectiforme (signe en forme de toit) est le plus présent, peint ou gravé, associé ou non aux animaux, ajoutant son énigme à l'ambiance sensuelle des lieux.
En continuant notre cheminement, nous nous rendons soudain compte que les bisons sont absolument partout autour de nous. Ils nous accompagnent, nous escortent et même si certains sont partiellement effacés, leur présence et leur énergie s'insinuent en nous. Quel extraordinaire pouvoir et quelle émotion ; c'est un torrent de tendresse qui nous envahit.
Dans la Galerie Principale, nous nous arrêtons désormais devant la fameuse scène de la " Parade sexuelle des Rennes ", à la fois peinte et gravée : le mâle bien reconnaissable grâce à ses grands et magnifiques andouillers bruns se penche vers la femelle à genoux devant lui. Tous les détails des deux cervidés sont minutieusement et finement soulignés, de la ligne dorsale aux pattes, en passant par la tête (il, larmier, naseaux, bouche) ainsi que les bois. Le mâle dont le museau touche presque le front de la femelle, sort timidement sa langue pour y déposer un " baiser ".
Bien que le renne fut abondamment
chassé par les Préhistoriques, il n'est certes pas l'animal
le plus représenté dans les grottes ornées. Cependant,
ce face à face est d'une poésie et d'une tendresse à
couper le souffle. Il faut noter aussi que les scènes sont relativement
rares ; la plupart du temps, nous avons affaire à des animaux isolés
ou superposés.
Non loin de là, dans le seul endroit de la grotte qui permet un recul
d'une dizaine de mètres, nous avons une très belle frise
monochrome noire et dont hélas, une large partie a été
emprisonnée par le calcaire : les rennes et les bisons s'y côtoient
dans une grande sérénité.
Sur le côté gauche, nous voyons d'abord un renne dont la tête n'a pas été représenté (ce qui ne nuit pas à l'ensemble de la composition puisqu'il se situe au contour d'une arête rocheuse). Au mouvement de ses pattes arrière, nous observons qu'il marche ; son corps est magnifiquement bien représenté. Il est suivi d'un bison. Tous deux partent vers la gauche. Sur l'arrière-train du bison, un autre renne est superposé, ce qui donne une idée de profondeur, mais sa tête se perd sous la calcite. Enfin, il y a la tête d'un bison de profil avec son il bien visible. Toutefois, il faut noter que l'artiste a tenu à dessiner ses deux cornes de face ; la droite en forme de S et la gauche en forme de serpentaire.
C'est le trois quart avant ou la perspective tordue,
une technique que M. Picasso reprendra à son compte bien plus
tard dans le Cubisme. En nous déplaçant de droite à
gauche et vice versa, nous avons l'impression que le bison nous suit du
regard
Fascinant !
Dans la Galerie Latérale, les artistes se sont allégrement servis des formes naturelles de la paroi pour dessiner d'un épais trait noir, deux chevaux qui se suivent. Les membres postérieurs du premier ainsi que sa queue sont suggérés par les coulées de calcite ; les draperies naturelles évoquent le rebondi de son ventre, sa crinière et son pelage. Il s'agit d'une scène très vivante car le second cheval fait mine de sauter sur la croupe du premier évoquant ainsi une scène bien commune : celle de chevaux jouant et piaffant. Nos artistes se sont juste bornés à suivre les contours des concrétions, nous démontrant une fois de plus leur talent et leur parfaite connaissance de l'art qu'ils pratiquaient. Si le premier cheval est plus grand que le second, c'est justement parce que les artistes se sont servis du modelé naturel de la paroi pour le figurer.
Ici, nous sommes au niveau original du plancher magdalénien. A préciser également que la configuration de cette grotte n'a pas changé depuis 60 000 ans et qu'elle est apparue aux Préhistoriques, telle que nous la voyons de nos jours.
Non loin des chevaux, dans un repli de la roche, une vulve a été représentée teintée d'ocre rouge ; une intention fort délicate
Il a été évoqué par les spécialistes, qu'une seule " Ecole " avait réalisé l'ensemble des uvres de la grotte. Hommes et/ou femmes ? De par leur immense sensibilité, ces uvres pourraient avoir été inspirées et exécutées par des femmes, mais chacun est totalement libre de son propre ressenti et ceci n'est qu'une émotion tout à fait personnelle.
En revenant dans la Galerie Principale, et en nous enfonçant plus profondément dans celle-ci, nous admirons encore une superbe frise de cinq bisons bien conservés, noirs et rouges, finement gravés, formant un ensemble très vivant, parfaitement adapté au modelé de la roche. Les deux premiers sont tournés vers le fond, le troisième vers l'entrée, le quatrième vers le fond et le cinquième vers l'entrée. Etrangement, ils ressemblent beaucoup plus aux bisons d'Amérique qu'à ceux d'Europe ; quoiqu'il en soit leurs proportions sont parfaites. Nous prenons conscience que nous sommes ici, face à des uvres majeures de la période magdalénienne, tant la perfection et la précision des détails sont poussées à leur extrême.
Dans la galerie que nous venons de parcourir, il y a également des cerfs, des mammouths, des bouquetins, un loup, un ours et quelques mains négatives.
Enfin, la visite se termine par le Cabinet aux Bisons, le clou du spectacle : dans une alcôve naturelle, peints sous la voûte, une dizaine de bisons dont deux aurochs, évoluent " en l'air ". Quatre de ces bisons sont encore en très bon état de conservation. Dans ce petit espace concave, l'ensemble est très émouvant. A noter un enchaînement à partir de la queue du premier vers le second et le troisième. Nous trouvons aussi une représentation humaine, un rhinocéros laineux, une main négative et un cheval. En hauteur, en montant sur une échelle, il serait encore possible de voir trois chevaux gravés.
Cette " chapelle " dédiée à cet animal dont la puissance et la force tranquille ne nous sont plus étrangers maintenant, nous invite à un plus grand respect de la vie sous toutes ses formes.
Vous l'avez compris : Font-de-Gaume est d'une beauté absolue.
LES " PLUS " DE LA VISITE
- Une visite de qualité avec des guides spécialisés, académiques et sympathiques, à l'écoute du visiteur ; en un mot : de grands professionnels.
LES " PLUS " DE LA GROTTE
- Une belle librairie bien
achalandée sur la Préhistoire.
- Des souvenirs : quelques belles reproductions, des cartes postales, des
affiches, des tee-shirts, etc.
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Tél. : 05 53 06 86
00/05 53 06 45 45
Fax : 05 53 35 26 18/05 53 06 45 67
Un site : www.leseyzies.com/grottesornees
Un mail : Mnp.eyzies@culture.gouv.fr
La grotte étant ouverte toute l'année, durant la saison hivernale, il est possible sur réservation de visiter la cavité plus amplement et plus longuement.
Réserver impérativement car le nombre des visiteurs est limité par jour.
(Ecrit en Mai 2003 et réactualisé
en Mai 2011).


La Maison des Guides