LA GROTTE DE LAS MONEDAS

Dans le cabinet secret de nos ancêtres

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OU SE TROUVE-T-ELLE ?

Située à une trentaine de kms de Santander sur la route de Burgos, vous rencontrerez facilement le village de Puente Viesgo le long de la rivière Pas. Il est niché au pied du mont calcaire del Castillo qui renferme plusieurs cavités dont celle de las Monedas. Quoique nommée en premier lieu la grotte de l'Ours, elle fut rebaptisée en fonction des nombreuses pièces retrouvées dans son enceinte et datées de l'époque des rois catholiques (14, 15ème siècle). Du haut de ce mont, vous découvrirez la verdoyante vallée de Toranzo qui s'étend à perte de vue ainsi qu'un ensemble de plusieurs grottes dont 2 seulement sont ouvertes au public.


QU'Y VOIT-ON ?

Orientée au sud, il s'agit d'une très grande grotte électrifiée de 800 m de profondeur. Les fouilles ont commencé dans les années 1950 et on peut encore voir l'entrée préhistorique à droite de l'entrée artificielle actuelle aménagée pour les visiteurs. Après quelques marches, nous pénétrons d'emblée dans un vestibule qui débouche naturellement dans une autre vaste salle derrière laquelle se trouve le cabinet aux peintures, juste à la limite de la lumière du jour qui était diffusée par l'entrée préhistorique.


Nous sommes tout de suite frappés par la magnificence des lieux : des concrétions multiples, des stalactites de diverses dimensions, des colonnes dressées, une cascade de pierres aux formes fantastiques ainsi qu'une étonnante gamme de couleurs et de teintes en dégradé viennent parfaire l'atmosphère tout à fait féerique de cette grotte. Quelques traces au charbon de bois sur la roche ponctuent notre entrée dans une grande salle qui retient toute notre attention à cause du grand trou en son milieu où furent retrouvés les ossements d'un ours des cavernes dans lequel était fichée une pointe moustérienne. Sans doute Neandertal a-t-il une fois de plus précédé Cro-magnon dans cette enceinte, mais beaucoup de vestiges furent emportés par les eaux. Du reste, aucun objet ne fut hélas retrouvé. En décors de fond, nous remarquons d'admirables coulées bleutées (oxyde de manganèse) et rougeâtres (oxyde de fer).


Nous poursuivons notre périple au milieu de ce décor luxuriant de niches, de coins et de recoins, orné de stalactites excentriques, de formations coralliennes, de draperies plus belles les unes que les autres, dans des passages étroits ou soudain s'élargissant et ponctué de traits noirs ci et là. Dans un puits vertical de 15 m, le guide nous indique que c'est là que l'on a retrouvé le sac de pièces de monnaies. Fut-il caché intentionnellement ou bien perdu ? Nul ne saurait le dire.


Sur le chemin du retour, encore des disques, une Tour de Pise improvisée et des stalagmites cassées qui servirent peut être de lithophones pour des concerts dans cette cathédrale des temps préhistoriques à l'acoustique idéale.


L'ensemble des figures préhistoriques datées du Magdalénien récent
, se trouve regroupé dans un labyrinthe dissimulé derrière la première salle, donc assez près de l'entrée, ce qui est assez inhabituel, les sanctuaires étant souvent situés dans les galeries profondes. Nous pénétrons par une entrée en orthostate dans cette petite salle en longueur occupée en son centre par un massif stalagmitique mais il existe également 2 autres voies d'accès. En levant les yeux, notre regard se pose sur une importante concrétion naturelle qui rappelle étrangement un grand renne doté d'immenses bois. Imagination ou réalité ?


Le premier panneau en face de nous et qui fut sans doute un des passages à l'intérieur du sanctuaire est d'une lecture assez difficile : un gribouillis de figures ovales et de bâtonnets qui pourrait faire penser à des visages de face avec de gros yeux. Peut être des masques ? Ou des vulves ? Plusieurs hypothèses sont avancées…
Au-dessus, la roche polie présente plusieurs stries en losanges aussi énigmatiques et que l'on retrouve également sur le massif stalagmitique.
Juste en face, un cheval inachevé et peut être d'autres animaux (un mammouth ?) assez mal discernables.


En longeant cette paroi, nous nous trouvons devant une composition très étrange ; sur une pierre d'angle, un cheval en position verticale doté d'une grande queue et dont le ventre est strié de plusieurs traits semble grimper le long de la paroi. Bizarrement, il semble équipé d'une muserolle. Dos à celui-ci, un renne également en position verticale et associé à divers signes paraît lui aussi gravir le mur de son côté. Son corps fait indéniablement penser à celui d'un corps humain. Peut être un sorcier affublé d'un massacre entrain de danser ?


En suivant, un petit "cheval-belette" très schématisé, un autre sans tête et sans ligne de ventre, puis un renne avec de fines ramures, un beau poitrail et dont les contours de l'arrière-train se perdent. Il est accompagné au-dessus et en dessous par 2 bouquetins… comme à Niaux !!!


Un très joli avant de cheval soigneusement caché sous un pendant rocheux et au-dessus, dans une cheminée, un possible félin. Sur le plafond, un "cheval-renard" et un autre sans tête disparaissent dans la roche.


Au fond, dans les retombées de la voûte, un bison vertical, une jument pleine (?) dont l'œil est formé par une concrétion naturelle et un bouquetin se partagent ce territoire tortueux. Puis, ce sont 3 rennes avec la ligne de division du pelage nettement marquée qui se suivent sur le bord d'une retombée. Plus à gauche, une série de signes : un claviforme associé à un signe barbelé, 3 bâtonnets, des points et une tâche.


Le massif stalagmitique forme un couloir qui termine ici notre circuit initiatique. Sous une conque du massif, un tout petit cheval. Puis, les grands traits verticaux décrits sur le premier panneau et un autre cheval sans tête font face aux 3 derniers panneaux : le premier associe encore des chevaux, des signes (dont un en forme d'étoile pourrait être humain) et un bouquetin sans tête. Le second dévoile un cerf, un signe barbelé, un ours et un couple de bouquetins. Enfin, le troisième présente des bâtonnets au bord d'une fissure.


Que venaient célébrer nos ancêtres dans cette cachette magique ? De quels rites s'agissait-il ? Ici peut être plus qu'ailleurs, il est tentant de s'imaginer dans l'antre secret d'un chamane ou d'une magicienne… A quels esprits faisaient-ils appel ? A ceux de ces animaux qu'ils ont si soigneusement dessinés sur les parois et qui prenaient vie à la lueur des torches, disparaissant dans la paroi rocheuse et réapparaissant dotés d'une nouvelle vie… Qui pourrait le dire ? Quoiqu'il en soit, amateurs de Préhistoire, la grotte espagnole de las Monedas vous donnera l'envie irrésistible d'y retourner encore et encore, jusqu'à vous perdre dans vos souvenirs, d'en connaître plus, encore et encore et de venir vous ressourcer souvent dans le cabinet oublié de nos ancêtres pour y avoir été au moins une fois son invité.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Ouvert tous les jours
De mai à septembre : de 10h00 à 13h00 et de 16h00 à 19h30
D'octobre à avril : de 9h30 à 15h55
Fermé lundi et mardi
tél. : 942 59 84 25

(OCTOBRE 2003)


Paysage en face de la grotte

Patricia MILAN