LA GROTTE DE GARGAS
Des mains qui font signe

OU SE TROUVE-T-ELLE ?
Dans le département des Hautes-Pyrénées et à la frontière de celui de la Haute-Garonne, la Grotte de Gargas est placée au cur d'une région admirable et encore bien méconnue: le Piémont pyrénéen.
En effet, en nous rendant dans ce lieu chargé d'Histoire et de rites ancestraux (encore pratiqués à ce jour par les populations locales), nous avons le loisir d'effectuer un grand bond dans le temps et de faire tout à la fois une visite qui nous plonge de la Préhistoire à la période Antique, tout en passant par le Moyen-Age et la Renaissance.
En effet, la Grotte de Gargas est voisine du site de Saint-Bertrand-de-Comminges et il serait vraiment regrettable de ne pas inclure cette visite dans votre programme : la cathédrale Sainte-Marie, plantée sur un avant-mont trapu au beau milieu de son décor pyrénéen, fut construite sur les ruines d'un oppidum et d'une cité romaine importante, Lugdunum, détruite par les Vandales à la chute de l'Empire Romain. Il se trouve que nous sommes là au sein d'une place stratégique, à égale distance entre l'Atlantique et la Méditerranée.
Mais pour en revenir à la Grotte de Gargas, il faut souligner dès maintenant toute son originalité : il s'agit de l'unique grotte ouverte au public qui présente les plus anciennes peintures et gravures rupestres puisqu'elles sont contemporaines de celles des Grottes de Cosquer et de Chauvet. Datées du Gravettien, ces uvres nous ramènent - 27 000 ans en arrière.
De plus, Gargas est une grotte extrêmement attendrissante, vibrante d'émotions intenses qui vous effleureront du bout de leurs doigts magiques Ces mêmes doigts qui hantent mystérieusement les parois et nous livrent leur incompréhensible message.
QU'Y VOIT-ON ?
En 2003, d'importants travaux de réfection et de réaménagement de la grotte ont été effectués. Le parcours de la visite a été repensé et le résultat ne manque pas d'intérêt : un dallage protège le sol, discrètement balisé de petites lumières qui nous indiquent ainsi le chemin à suivre. En ce qui concerne l'éclairage, Gargas a choisi l'innovation grâce à la fibre optique qui dégage une lumière froide, ce qui ne risque pas de produire des algues qui endommageraient gravement les uvres. Nous évoluons ici dans un milieu très fragile, faut-il le répéter encore et encore
Un petit sentier escarpé nous amène sur 35 mètres de dénivelé à l'une des deux entrées préhistoriques. C'est là que commence la visite qui dure 50 minutes dans une atmosphère constante de 11°, autant dire qu'un lainage est de circonstance Il faut bien cinq bonnes minutes pour que notre il se prépare à la douce lumière tamisée des lieux et pour découvrir les superbes concrétions ocres et blanches qui agrémentent notre parcours en descente dans la première partie de la grotte.
La plupart des dessins se trouvent sur la paroi gauche et nous commençons,
dans un renfoncement, par une série de cinq lignes de ponctuations
noires associées à une tâche d'ocre rouge. Les
ponctuations sont les signes les plus nombreux dans cette cavité.
Aucune signification ne leur est attribuée, cependant, ils nous invitent
à poursuivre plus en avant sous les immenses voûtes des plafonds.
A trois mètres du sol, à gauche et à l'entrée d'un diverticule non orné, nous distinguons les premières peintures assez imposantes, de deux bouquetins qui semblent se suivre : un rouge dont la tête est effacée, puis un noir, avec une petite tête qui paraît tournée vers nous. Leurs pattes se terminent en pointe. Très stylisés, presque schématisés d'ailleurs, ces deux animaux dont les corps ressemblent à deux grands rectangles, sont tout simplement impressionnants.
En descendant quelques marches et avant de pénétrer dans la partie inférieure de la grotte, nous avons sur la droite un bison avec une très belle queue en arc de cercle. Sa tête se perd hélas sous la calcite, mais nous remarquons très bien le travail de l'artiste qui a peint, raclé et soigneusement orné finement sa bosse de petits traits verticaux. Il est surmonté d'une gravure assez difficile de lecture, mais il y a une patte de bison très bien visible et très soigneusement gravée qui nous offre un luxe de détails sur l'anatomie de cet animal.
Dans cette partie supérieure de la grotte, les spécialistes ont estimé qu'il s'agissait d'uvres plus récentes, datant du Magdalénien, même si la différence de style entre les deux bouquetins et les bisons est flagrante. Mais n'oublions pas que le Magdalénien fut une période qui dura environs 8 000 ans, c'est à dire 80 siècles
Puis, nous entrons dans la deuxième partie de la grotte à 42 mètres de profondeur. Nous suivons un couloir bas de plafond jalonné des graffitis qu'ont laissé des curistes du début du 20ème siècle. Pour la petite histoire, Gargas ayant été classé monument historique en 1910, ces signatures font donc elles aussi partie intégrante de son patrimoine.
A l'origine, cette partie aurait été obstruée et il est impossible de savoir si les Magdaléniens qui ont orné cette première partie de la grotte, ont pu passer outre ce bouchon naturel et entrer dans la seconde partie de la grotte, sachant que l'autre entrée qui y accède naturellement plus bas (la sortie actuelle de la visite), s'est effondrée aux alentours de - 24 000 ans.
Cependant, depuis 50 000 ans, la fréquentation de Gargas fut quasiment permanente : des vestiges du Moustérien furent identifiés ; en 1575, un cosmographe fit la première description de la cavité.
Après avoir passé ce goulet de nos jours dégagé, nous pénétrons dans une vaste salle, sous une dalle de calcaire assez basse et le décor lunaire qui s'offre à nos yeux est totalement différent de celui de la première partie dont les plafonds sont très hauts; des minis lacs parsèment le sol et nous entendons le clapotis des gouttes d'eau qui s'y répandent ; l'atmosphère y est tout à fait particulière.
Ce qui est très impressionnant également, c'est de constater que les voûtes du plafond présentent partout des tracés digitaux ; il s'agit d'un véritable revêtement qui recouvre une surface très importante. Cela a du représenter un long et fastidieux travail pour les artistes. Ces tracés qui vont dans tous les sens et serpentent harmonieusement sur ces plafonds nous laissent bien songeurs quant à leur signification.
Enfin, nous apercevons sur un massif stalagmitique les trois premières mains négatives sur fond rouge, nommées " les Mains de la Découverte " ; seuls le pouce et l'auriculaire sont intacts.
212 mains ont été dénombrées dont 137 rien que sur La Grande Paroi ; 128 sont noires, 75 sont rouges, 4 sont blanches et 5 sont jaunes ; 17 seulement sont complètes.
En contournant ce massif, dans une alcôve, nous découvrons " La Main à la Niche ", exécutée au charbon de bois et grâce à la technique du soufflé. Il s'agit, d'après les experts, d'une main de femme dont le pouce est le seul doigt entier (et il est très long). Elle est superbe lovée dans sa niche juste à côté d'une faille qui permet l'entrée dans une rotonde, mais qui n'est pas hélas, prévue au programme de la visite.
Diverses hypothèses ont été émises sur le fait que ces mains sont rarement complètes. Les Préhistoriques pratiquaient-ils des mutilations rituelles ? Avaient-ils été victimes d'une maladie telle que la lèpre ? S'agissait-il d'une forme de langage codé ? En raison du fait que les pouces ne manquent presque jamais (sauf sur une main du sanctuaire des mains où il est clairement replié) et que le bon sens en ces temps difficiles aurait été de garder tous ses doigts afin de pouvoir survivre, la dernière hypothèse est celle de nos jours la plus admise (mais elle demeure une hypothèse).
Plus loin, nous rencontrons encore des gravures : une petite tête de cheval, une grande tête de renne, celle d'un aurochs avec ses fines cornes bien visibles et en superposition, un mammouth entier. Nous ne pourrons voir que celles-ci, mais Gargas contient 150 gravures qui sont surtout concentrées dans " la partie interdite au public ". Mais ne vous attristez pas, l'endroit est difficile d'accès et les gravures sont très difficilement lisibles car toutes superposées les unes sur les autres, il faudrait passer des heures pour toutes les définir et les voir sur la paroi, car l'enchevêtrement des traits est très important. Il faut donc s'en référer aux relevés de ces gravures pour les connaître.
Parmi les autres curiosités de Gargas, il y a "le Grand Tabernacle", cette fissure de deux mètres de haut, entièrement pulvérisée de peinture rouge. Seuls quatre traits y sont tracés presque à l'entrée. Culte à la fécondité ? Quoique qu'il en soit, cette faille mystérieuse, consciemment révélée par l'ocre peut nous y faire penser : un grand vagin à la Fellini duquel nous pourrions imaginer voir sortir l'espèce humaine et la vie comme d'une généreuse corne d'abondance
Pour terminer, nous restons silencieux et bouche bée devant " La Grande Paroi des Mains ". Il s'agit en fait de quatre panneaux :
- le premier est composé de huit mains
dont le majeur est réduit ;
- le second, de mains gauches dont l'index se réduit à une
phalange ;
- le troisième nous offre un véritable " nuage de mains
" ;
- le quatrième expose 40 mains parfois superposées avec une
seule phalange ; sauf le pouce reste entier.
Pour les amoureux des statistiques, les mains de Gargas sont toutes négatives, c'est à dire qu'elles ont été pour la plupart soufflées, mais certaines ont été badigeonnées à l'aide d'un morceau de fourrure ou d'un large pinceau.
Cela dépend en fait des matériaux qui furent utilisés : oxyde de fer pour le rouge, goethite pour le jaune, oxyde de manganèse ou charbon de bois pour les noires, talc pour les blanches.
Pour la moitié d'entre elles, les doigts sont réduits à une seule phalange, sauf le pouce qui est entier. Mais certaines ont les doigts complets à l'exception du majeur réduit à une phalange ou bien les trois premiers doigts complets et les autres réduits. Il y a des mains gauches et droites ; verticales ou parfois tournées vers la gauche ou la droite, elles sont de toutes les tailles, ce qui prouverait que tous les Préhistoriques ont participé à leur élaboration, du nourrisson à l'adulte. Il faut également souligner une vingtaine de combinaisons différentes avec des doigts manquants.
Quelle histoire nous racontent-elles ? Celle d'un peuple qui voulant communiquer avec les esprits dissimulés dans les parois, a fait apposer les mains de tous les membres de sa tribu ?
Quoiqu'il en soit, elles sont terriblement parlantes, même si nous ne sommes plus capables de comprendre leur récit gestuel. Symbole universel, nous retrouvons des mains dans diverses parties du globe : dans le Bush australien, dans certains sites ornés d'Espagne, au Sahara, à Bornéo, etc. Cependant, il n'en reste pas moins que Gargas est la grotte qui en présente le plus grand nombre en Europe.
Elles nous laissent leur fragile empreinte, témoins du passage de l'humain et de sa culture d'un autre âge. Il s'agit pourtant bien de nos ancêtres, les premiers humains qui ont éprouvé le besoin de se raconter à leur manière et qui nous émerveillent de leur extraordinaire candeur.
A noter que dans les murs de ce grand panneau, de nombreuses lamelles de silex furent fichées dans les fissures ainsi que de nombreuses esquilles osseuses d'origine animale (le lithique est vraiment rare) ; des études sont actuellement en cours concernant ces éléments. S'agissait-il " d'offrandes " ? Quoiqu'il en soit, cette pratique nous remémore un autre monument non moins célèbre, " le Mur des Lamentations " à Jérusalem, où les fidèles insèrent dans les fissures de la paroi des petits morceaux de papier sur lesquels sont écrits leurs vux et leurs prières. Il n'est bien entendu pas question de comparer ces deux monuments, mais de remarquer simplement que l'offrande est un rite qui trouve aussi ses origines dans la nuit des temps et qui s'est perpétué jusqu'à notre époque moderne, toute religion confondue.
Ainsi, la Préhistoire demeure à portée de notre main et c'est au travers de celles de Gargas très respectueusement, que nous pouvons de nos jours la serrer dans notre cur.
LES " PLUS " DE LA VISITE
- Très certainement le nouvel aménagement
qui allie techniques modernes, conservation des uvres, confort pour
les visiteurs tout en préservant l'intimité des lieux.
- De bons guides qui vous accueilleront avec beaucoup de gentillesse.
LES " PLUS " DE LA GROTTE
- Nestploria est un centre d'interprétation numérique ouvert depuis juillet 2010. Les méthodes modernes de l'interaction nous expliquent plus amplement la grotte, les techniques picturales de nos ancêtres, etc.
" Nestploria est né de la volonté de partager plus largement avec le grand-public ce patrimoine exceptionnel riche, mais complexe, au moyen des outils numériques les plus innovants. Le point de départ est le discours scientifique, élaboré par un comité scientifique présidé par Jean Clottes.
Nestploria propose une mise en scène
numérique de ce discours, apportant, après ou avant la visite
du site préhistorique, de manière ludique des clés
de lecture accessibles à tous.
Dans ce véritable parcours aventure ludique dans le temps, les étapes
ont pour noms: " Il était une fois Gargas ", " Un
monde de mains ", " La préhistoire à portée
de main ", " Le sanctuaire des mains ", " Mystères
et savoirs ", " Dessine-moi un mammouth ", " Donne-moi
ta main " ou " Gargas pour toujours "...
Nestploria permet de mieux "toucher" du doigt, au sens propre
comme au sens figuré, le monde préhistorique de Gargas. C'est
une invitation tactile et interactive pour s'immerger dans la Préhistoire,
découvrir des espaces inaccessibles lors de la visite, retrouver
le tracé des gravures d'animaux sur la paroi, étudier le mystère
des mains peintes, apprendre à connaître les menaces et la
protection d'une grotte ornée, partir enfin en laissant l'empreinte
virtuelle de sa main
".
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Il est fortement conseillé de réserver à l'avance.
Adresse : Grottes Préhistoriques
de Gargas - 65660 Aventignan
Tél et fax : 05 62 98 81 50
Courriel : gargas.nestploria@nesploria.fr
Site Internet : www.nestploria.fr ou www.gargas.org
A recommander : le restaurant à Saint-Bertrand-de-Comminges " Chez Simone " où vous pourrez déguster une excellente cuisine familiale et du terroir. Réserver au 05 61 94 91 05.
(Septembre 2003 et réactualisé en février 2011)
Vue face
à l'entrée de la grotte