LES GROTTES DE COUGNAC
Chez les étonnantes magiciennes du Paléolithique

OU SE TROUVENT-T-ELLES ?
A quelques kilomètres de Gourdon dans le Lot, presque à la frontière de la Dordogne, nous avons grand plaisir à découvrir les grottes de Cougnac qui se logent dans une colline appelée " Les Chênes Verts ", ancienne carrière de pierre.
Redécouvertes par des radiesthésistes inspirés, la première ne contient aucun passage de l'humain, mais ses trésors géologiques sont d'importance ; la seconde, en revanche, présente de l'art pariétal.
Après avoir laissé notre fidèle destrier sur le parking en contrebas de la route, nous suivons en montant une allée verdoyante qui nous conduit jusqu'à la maison des guides qui vient de faire peau neuve.
QU'Y VOIT-ON ?
La première grotte :
Redécouverte au début du siècle, cette grotte à l'entrée artificielle est un palais de merveilles géologiques.
Nous avons droit à une leçon fort instructive sur la formation des grottes de la part des guides qui connaissent bien leur affaire. Vous y apprendrez, entre autre, qu'un quart du territoire français est calcaire et que cette matière est friable, si bien que sous l'action tectonique, il s'est fissuré permettant ainsi à l'eau de le pénétrer. Quand l'eau s'est retirée, elle a laissé des espaces, nos fameuses grottes. Ensuite, l'eau de pluie acidifiée par le gaz carbonique capté au travers de la végétation, a dissout le calcaire formant ainsi les concrétions qui éblouissent nos pupilles enchantées.
Des draperies translucides, de véritables forêts de stalactites ou fistuleuses (ou encore appelées " macaronis ") tapissent les plafonds et ses coupoles. Des colonnes (ou monolithes) sont issues de la rencontre millénaire d'une " tite " et d'une " mite ".
Toute cette beauté, lentement, si lentement, si patiemment construite au fil du temps depuis le Quaternaire, impressionne véritablement. S'il reste quelques chauves-souris dans les parages, ne troublez pas leur sommeil ! Les ours des cavernes, quant à eux, sont déjà partis, bien avant la venue des humains. Au sortir de l'hibernation, le meilleur moyen de manucurer leurs griffes qui étaient devenues trop longues, était de les gratter contre les parois ; et ils ne sont pas privés de le faire en s'étirant comme le font les gros chats paresseux, laissant de belles griffades de leur passage, encore visibles aujourd'hui.
Une expérience à la lumière noire met en évidence l'activité de la grotte.
La deuxième grotte :
L'environnement immédiat d'une grotte peut être parfois surprenant.
Située, un peu plus haut sur la colline, au bout d'un sentier charmant propice aux vagabondages de l'esprit, nous la découvrons sous une maison dont l'abri sous roche a longtemps servi de cave à ses habitants. Cependant, les premiers locataires de cet abri furent des Néandertaliens, il y a 50 000 ans. Ceux-ci ont exploré la grotte et abandonné quelques uns de leurs outils au fond de celle-ci.
Durant le Paléolithique Supérieur, c'est à dire entre 25 et 14 000 ans, ils ont cédé la place aux Humains de Cro-Magnon qui ont occupé les lieux de manière ponctuelle. Habitant probablement d'autres abris sous roche non loin de là, ils étaient principalement des chasseurs de rennes et ils ont visité la grotte durant 10 millénaires avant que celle-ci ne sombre dans l'oubli, son étroite entrée ayant été bouchée, il y a 10 000 ans. Aujourd'hui, nous y accédons par une entrée artificielle creusée sous l'abri resté une cave fermée et qui renferme quelques pièces archéologiques provenant de la cité médiévale de Gourdon.
Mais, en ce qui concerne nos artistes Cro-Magnon, après s'être glissés par une entrée de 70 cm sur 80 cm, encore leur fallait-il ramper sur 15 mètres ! Une sacrée motivation devait les animer, surtout à l'époque, pour oser se faufiler dans un espace si restreint
Au bout de ce tunnel, quand la cavité s'élargit, le chemin apparaît, tracé entre des stalagmites étêtées. En quelque sorte, nous pourrions dire que nos ancêtres ont " balisé " le passage. Surprenant ! Du reste, c'est un chemin tout à fait spécial, les concrétions sont très évocatrices dans cette partie de la grotte et il y règne une atmosphère particulière.
Tout en cheminant, nous pénétrons dans une petite salle basse et circulaire, remplie de concrétions et nous tombons nez à nez avec les premiers signes. Ils sont très important à Cougnac car il y en a de toute sorte : motifs géométriques élaborés, simples empreintes de doigts enduits de couleur, ponctuations rondes, traits et courbes. Ils sont parfois associés aux dessins et parfois non, simplement isolés dans une alcôve. A noter que les mêmes signes furent retrouvés dans l'Abri du Placard en Charente. Cougnac a aussi de nombreux points en commun avec le Pech Merle dans le même département (hommes blessés, signes aviformes rappelant des ailes d'oiseaux).
Il y a également des figurations humaines et des " fantômes " puisque que les silhouettes sont réduites à une tête de face sans détail, l'avant d'un cervidé en perspective de fond. Ils ressemblent aux personnages énigmatiques d'une photographie qui se sont peu à peu effacés avec le temps. Portraits sensibles
Enfin, nous nous trouvons
devant la grande salle des peintures, encore plongée dans le noir.
Son accès semble gardé par un magnifique cheval,
mais il ne s'agit là que d'un savant jeu de lumières qui transforme
une coulée de calcite en un animal imaginaire. La salle s'éclaire
révélant une salle circulaire très concrétionnée
dotée d'une très bonne acoustique. En son milieu, de grandes
colonnes, ainsi que sur la partie à droite envahie par des stalactites
et des stalagmites; sur toute la paroi, des dessins
Des grands et des plus petits en passant du cervidé au bouquetin
jusqu'au mammouth. Une fois de plus, il est inutile de vous rappeler
que le talent de nos artistes s'est inspiré des courbes, des failles,
des échancrures et des bosses de la paroi.
Même pour les plus stylisés, les plus épurés, nous distinguons les encornures, les crinières ou la ligne dorsale. Ils sont tous de profil et dessinés au crayon. Les mégacéros reconnaissables à leurs bois géants palmés et à leur garrot proéminent sont composés d'une femelle en noir suivie de deux mâles en rouge. A hauteur du flanc de ce dernier, se trouve une figuration humaine en noir qui ne manque pas d'humour : elle représente le derrière d'un anthropomorphe percé de trois traits.
Le bouquetin est aussi très présent dans cet environnement ; quatre sont rouges et quatre sont noirs. Il y a des mâles et des femelles. Arrêtons-nous un instant devant l'un de ces animaux, le plus connu : l'emblème de la grotte. Son réalisme est impressionnant. Ses pattes et son pelage sont astucieusement évoqués par les coulées de la calcite. Nous reconnaissons une femelle à ses petites cornes (doubles comme pour les autres dessins). Sa tête fut peinte en teinte plate rouge. Non loin, un mâle de plus petite taille, trapu, ne manque vraiment pas d'intérêt lui non plus avec son encornure à volute et son air boudeur.
Enfin, le dernier panneau, sans doute le plus énigmatique est composé de plusieurs mammouths, d'une figuration humaine flanquée de sept traits, de cornes de bouquetins et de signes. Pour vous aider à mettre les éléments dans l'ordre s'il y en a un, précisons que la créature blessée (en noir) semble " flotter " entre deux mammouths (en rouge), celui à l'avant étant plus petit que celui à l'arrière-plan. La scène est cernée et ponctuée par un ensemble de points et d'empreintes de doigts. L'encornure du bouquetin, très finement soulignée est placée sur le côté, près de la silhouette d'un autre mammouth. Chacun est libre d'en interpréter la signification et de se raconter sa propre légende peut être celle d'un personnage célèbre, sous la protection des mammouths ou un grand chasseur de mégacéros maintes fois blessé, grand amateur de bouquetins ?
Les pigments utilisés pour les peintures sont l'ocre rouge, un colorant brun produit par un mélange d'ocre et d'oxyde de manganèse ainsi que du charbon de bois et de l'os.
Les techniques employées sont le crachi, majoritairement le dessin au bâtonné et le lissage au doigt. Certains dessins en rouge furent entièrement repassés en noir, comme le mégacéros mâle.
Des restes d'ossements provenant des reliefs d'un repas, une lampe à graisse en pierre ainsi que des lames et des éclats de silex furent découverts dans les salles ornées.
Il est estimé que les premières peintures datent de 25 000 ans, mais les empreintes qui encerclent la frise sont datées de 14 000 ans. De plus, de légères " retouches " aux dessins initiaux semblent avoir été effectuées par d'autres artistes au cours des millénaires. Il s'agit donc de l'uvre de plusieurs artistes à la fois, sans doute non contemporains les uns des autres, qui s'offre à la vue du visiteur.
LES " PLUS " DE LA VISITE
Ici, les guides vous parleront
de dialogue avec l'espace et même, d'appropriation de l'espace par
les artistes du Paléolithique Supérieur et cela est du plus
haut intérêt.
A l'heure actuelle, sous la pression de la vie moderne, il est important
de visiter encore des sanctuaires préhistoriques où la paix
et le respect règnent, accompagnés de paroles intelligentes
; Cougnac est indéniablement un de ces lieux.
Un grand merci aux guides pour leur disponibilité. L'un d'eux a écrit un descriptif français/anglais sur les grottes, illustré de photographies et qui a grandement contribué à la rédaction de cet article; il est disponible à la boutique des grottes.
LES " PLUS " DE LA GROTTE
- une petite boutique "
préhistorique " avec des aquarelles, des statuettes, etc. ;
- une belle terrasse pour boire un verre et profiter du calme de l'endroit
ainsi qu'une aire de pique-nique ombragée en terrasse ;
- un accueil cordial et sympathique.
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Adresse : Grottes de Cougnac - 46300 PAYRIGNAC
Site Internet : www.grottesdecougnac.com
Courriel : contact@grottesdecougnac.com
Tél. et Fax : 05 65 41 47 54
Patricia MILAN
(Article écrit en Mai 2003 et réactualisé en Mai 2011).

