LA GROTTE DE BEDEILHAC

De fabuleuses traces dans l'argile…

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OU SE TROUVE-T-ELLE ?

A quelques kilomètres de Tarascon sur Ariège et de la célèbre Grotte de Niaux, sur la route en direction de Massat et du Col de Port, s'ouvre la gigantesque Grotte de Bédeilhac.

Si vous passez dans la région, n'hésitez pas une seconde à la visiter, car les trésors qu'elle renferme sont impressionnants ; en effet, elle fut le refuge de diverses populations depuis plus de 15 000 ans.

De ce fait et aussi en raison de sa grandeur, elle fut utilisée dès le Paléolithique Supérieur, durant le Néolithique, pendant également les Ages de Bronze et de Fer, aux temps Gallo-Romains, au Moyen-Age, et pour compléter ce bouquet varié, durant la dernière Guerre Mondiale comme entrepôt de matériel. Pour finir, même l'industrie locale y stocka du sable et des graviers.

Aujourd'hui, si elle a recouvré son statut de site préhistorique à plein temps, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser avec regrets à toutes les merveilles qui ont forcément disparu en raison de toutes ces occupations et piétinages intempestifs des sols, surtout dans les premiers 500 mètres après l'entrée de cette immense cavité.

Cependant, il reste encore beaucoup de vestiges et pas des moindres, alors, en route pour la visite de cette caverne qui renferme dans son antre plus de 300 symboles mystérieux et 140 figures animalières… De quoi rêver, non ?


QU'Y VOIT-ON ?

Certaines galeries sont fermées au public, mais celles-ci sont très difficiles d'accès. Cependant, comme il s'agit principalement de gravures effectuées dans l'argile au sol, des reproductions à l'identique ont été effectuées dans les profondeurs de la grotte ; et celles-ci, nous pouvons les voir.

Cela dit, nous entamons notre visite préhistorique par la peinture d'un grand et magnifique bison noir en teinte plate ; sa tête a désormais disparu. Cependant, nous remarquons que l'animal est accompagné de ponctuations rouges sous son ventre, presque à hauteur de ses pattes, fort bien dessinées du reste et très graciles. Un grand claviforme gravé vient se " planter " sur son dos. Bien entendu, les artistes se sont servis du modelé de la paroi et en lumière rasante sur les côtés, nous apercevons bien la bosse naturelle qui forme sa panse ronde : creux et bosses, voilà une des techniques picturales de nos artistes qui semblent bien avoir " vu " ces animaux " dans " la paroi avant de les exécuter.

Géologiquement, la grotte est vraiment très impressionnante par sa taille : concrétions en " choux-fleurs ", cascades de calcites, imposantes stalagmites et stalactites qui se sont parfois écroulées sous la pression et éboulis divers parsèment notre parcours.

Puis, nous arrivons devant les premières gravures dans l'argile à même le sol : celle d'un bison et d'une vulve. Nous notons au passage qu'un trou fait au doigt ou au bâton a été appliqué sur le bison modelé.

Plus loin, se trouve également un bison gravé dans l'argile, associé à une tête de cheval ainsi qu'un animal stylisé pouvant être identifié comme un cheval. Il est nommé " Le cheval de Picasso ", gravé à même le sol et il est tout à fait étonnant et énigmatique.

Une superbe patte de cervidé, gravée elle aussi, semble nous tendre la main… Le glissement de terrain ayant endommagé la patte gravée, il n'est pas possible aujourd'hui d'identifier l'animal à laquelle elle appartient ; cependant, à proximité de cette patte, il y a une magnifique gravure sur paroi représentant un cervidé.

Dans la Galerie des Modelages (interdite au public et qui se visite uniquement sur demande), se trouve un cheval acéphale et une vulve, mais le cheval n'a pas été reproduit dans la salle terminale ; seule la vulve est visible : les tracés des doigts qui ont dessiné ses lèvres et sa pilosité sont encore très visible. Pour couronner le tout, son clitoris fut volontairement exécuté à l'aide d'un fragment de concrétion. Quelle audace !

Sur un petit plafond, nous voyons un bison dessiné au charbon de bois et un peu plus loin, un bouquetin gravé dans la roche et encore des gravures de bisons, rennes, etc. et des gravures au sol.

Enfin, un petit bijou qui pour lui seul vaut vraiment le déplacement : sous un plafond très bas, une concrétion naturelle révèle un minuscule anthropomorphe à moitié allongé d'à peine une dizaine de centimètres de long. Nous distinguons son bras ainsi que son avant-cuisse. Sa tête et son sexe ont été volontairement marqués par de l'ocre rouge. Il fut également retrouvé deux lamelles de silex insérées juste en-dessous. A moins d'un mètre de " Monsieur Cro-Magnon " ainsi figuré par l'artiste, et presque en face, nous apercevons alors " Madame Cro-Magnon", sous forme d'une vulve dont les contours ont été raclés ; de même que la précédente, le clitoris n'a pas été oublié. Tout ceci est extrêmement troublant et peut même nous sembler très poétique à notre époque.

Il faut toutefois préciser que cette exquise " miniature érotique " ne fait pas forcément partie de ce qui est montré au grand public. Il reste à la discrétion du guide de vous montrer certaines œuvres, donc, soyez motivés, respectueux du site et la chance vous sourira peut-être.

Plus loin, nous voyons un bison assez difficile de lecture et qui aurait pu être à première vue un cheval ; ici, la technique du raclage a été employée.

Enfin, sur un pilier, deux mains adultes positives de couleur noire. La première possède six doigts, la seconde, quatre. Exécutées à l'oxyde de manganèse, il fut très facile pour les artistes de se procurer cette matière qui existe dans la cavité même ; ils se sont donc servis sur place. En revanche, en ce qui concerne l'oxyde de fer, ils l'apportèrent avec eux.

Il est fort probable d'après les datations possibles et les différents styles présents dans la grotte, que différents groupes de Magdaléniens soient venus exécuter leurs œuvres entre - 14 600 et - 13 000 ans environs.

Puisqu'il est temps de lever les peaux de bête sur la sexualité des Magdaléniens, un phallus naturel se doit d'être évoqué. Cassé sur le dessus, nous apercevons très nettement des traces de pigmentation sur le prépuce ; et il n'est pas le seul dans cette grotte à honorer dignement, de toute sa rigidité, le désir charnel de nos chers Préhistoriques. En face de lui, sur un bloc naturel, il semble bien que son pendant féminin a été représenté par une concrétion naturelle qui a la forme d'une femme avec une petite tête, une vulve et deux jambes. Ce " couple " se tient près d'un foyer où des restes animals furent retrouvés.

C'est sur cette note voluptueuse que se termine la visite. Toutefois, sans vouloir survoler le sujet, il faut bien 1h30 pour aller jusqu'au fond de cette très vaste et haute cavité qui fait un km de long sur 40 mètres de large et dont certaines salles intérieures atteignent 100 mètres de largeur.

Les concrétions stalagmitiques sont à l'échelle de la grotte et tout à fait impressionnantes. Elles sont, tout comme les œuvres d'art préhistorique de cette caverne et son histoire, assez déroutantes et ne peuvent laisser personne indifférent.


LES " PLUS " DE LA VISITE

Si vous avez la chance de faire la visite avec Sophie ou M. Gailli, vous pourrez, sans retenue, partager votre passion et vos émotions. Mais, il y va sans doute de même avec les autres guides, car nous sentons qu'il règne au sein de cette équipe, une indéniable complicité.


LES " PLUS " DE LA GROTTE

- Une petite boutique où nous trouvons des cartes postales, des livres et des vitrines présentant certains vestiges ou ossements comme ceux un ours des cavernes par exemple.
- La grotte est ouverte toute l'année sur rendez-vous.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Tél : 05 61 05 95 06
Courriel : visitegrotte@sfr.fr
Site : www.grotte-de-bedeilhac.org

(Mars 2003 et réactualisé en février 2011)

 


Sur la route de la grotte


Patricia MILAN