L'ABRI SOUS ROCHE DU CAP BLANC
L'espace oublié des grands chevaux

OU SE TROUVE-T-IL ?
En Dordogne, en quittant le village des Eyzies-de-Tayac, il faut suivre la route en direction de Sarlat. Après moins d'une dizaine de km, nous bifurquons à gauche en direction de Saint-Geniès. Puis, nous suivons cette route sinueuse qui monte, la départementale 48, jusqu'à ce que nous rencontrions le parking de l'Abri du Cap Blanc en contre-bas.
Cet abri sous roche, daté de - 15 000 ans, est resté longtemps enseveli et oublié du monde pendant de nombreux siècles, bien qu'il fût habité au moins 6 000 ans durant le Paléolithique Supérieur.
Ce fut en 1909 qu'un docteur-psychiatre bordelais, le Docteur Lalanne demanda à deux terrassiers de le déblayer. Hélas, ces ouvriers peu expérimentés en archéologie à l'époque, firent des dégâts avec leurs pioches en mettant à jour l'abri et surtout, ils mélangèrent les différentes couches archéologiques, ce qui compliqua la datation des uvres. Ce fut donc par comparaison avec d'autres sites proches, que les Préhistoriens travaillèrent sur ce sujet sensible.
En effet, en face du Cap Blanc, se trouve une grotte ornée sous le Château de Commarque (fermée au public) qui renferme un cheval monumental avec des ressemblances par sa taille, mais aussi par son style avec les sculptures du Cap Blanc. Les études sur les pollens qui y furent trouvés, le situent aux alentours de - 15 000 ans.
La rivière de la Beune formait déjà, il y a - 15 000 ans, une petite frontière naturelle entre la Grotte de Commarque et l'Abri du Cap Blanc. Elle présentait une source de nourriture non négligeable pour les humains, grâce à ses coquillages d'eau douce et ses poissons, mais elle attirait aussi le gibier migratoire.
Non loin du Cap Blanc et sur la même rive, se trouve également le Château de Laussel (fermé au public) qui fut acheté par le Docteur Lalanne, ainsi que toute la concession qui composait le domaine ; ce dernier étant collectionneur, il désirait y faire des fouilles. Tous les objets et les uvres préhistoriques qu'il découvrit, firent d'abord partie de sa collection privée. Plus tard, en 1960, sa famille décida de faire un legs au Musée d'Aquitaine à Bordeaux où beaucoup des pièces de cette collection peuvent être vues du grand public de nos jours.
Sous le Château de Laussel, dans l'Abri du Moulin, furent découverts notamment de célèbres blocs sculptés datés de - 25 000 ans: " La Vénus à la Corne ", " La Vénus de Berlin ", " La Vénus à tête quadrillée ", " La Carte à Jouer " et " Le Chasseur ". Actuellement, il n'est possible de voir au Musée d'Aquitaine que quatre de ces originaux, car malheureusement la Vénus de Berlin disparut durant la Seconde Guerre Mondiale, après avoir été vendue frauduleusement à l'Allemagne.
Enfin, sur la route des Eyzies, se trouve encore la petite Grotte de La Grèze (fermée au public) qui renferme sur une de ses parois, un magnifique bison admirablement bien gravé et daté du Gravettien.
L'Abri du Cap Blanc se situe donc au centre de plusieurs sites ornés depuis le Gravettien et il s'agit d'un habitat préhistorique sculpté qui fut très fréquenté et ceci à différentes périodes dès - 18 000 ans.
Aujourd'hui intégré dans un ensemble moderne comprenant aussi des vitrines, le tout au beau milieu des bois, c'est un site très paisible et le sentier qui nous y conduit, nous permet de nous préparer à en faire sa connaissance, car nous allons ici à la découverte de très beaux hauts reliefs et de merveilles tout à fait inédites. A travers le feuillage du bois, sur la rive opposée, nous apercevons l'impressionnant Château de Commarque
QU'Y VOIT-ON ?
Actuellement, l'espace de l'abri est complètement clos et cela est aussi une mesure de protection des uvres qui avaient commencé à s'éroder. En effet, l'abri s'éboula aux alentours de - 10 000 ans à cause du réchauffement climatique et les sculptures en ont forcément souffert. Nous découvrons donc ces sculptures grâce à la lumière artificielle.
Ainsi, il faut tout de suite imaginer, en nous tournant vers la façade opposée aux sculptures (un grand mur sombre qui ferme entièrement l'abri), qu'il y avait là aux temps préhistoriques, un superbe paysage étant également, un magnifique observatoire pour ses habitants, avec une vue imprenable sur la rivière de la Beune. De plus, situé plein Sud, l'Abri permettait à ses habitants de profiter de la lumière du jour et de la chaleur du soleil plus longtemps.
Quand nous tournons maintenant notre regard en direction des sculptures, ce qui nous surprend d'emblée, c'est le fait qu'elles soient monumentales et s'étalent sur douze mètres de longueur, l'abri en faisant quinze. Tous les animaux sont de profil. Ils se détachent très nettement de la paroi qui fut piquetée et bouchardée par les artistes, mais les couleurs ont disparues, car bien entendu, ces sculptures étaient peintes à l'origine (quelques traces subsistent notamment sur un contour et sur certaines sculptures).
Des outils en silex furent utilisés par les artistes : burins, grattoirs, percuteurs, couteaux, etc. c'est-à-dire toute la panoplie complète des Magdaléniens qui étaient de talentueux tailleurs de silex. La technique du piquetage fut largement utilisée.
Le cheval est l'animal le plus représenté dans cet espace (six fois).
Des anneaux percés directement dans la paroi furent mis en évidence et nous pensons que les Préhistoriques y attachaient des peaux d'animaux afin de fermer l'abri et de se protéger du vent et du froid. Mais ces anneaux pouvaient avoir également d'autres fonctions ; ils servaient peut-être à y accrocher de la nourriture, etc. Il est à noter qu'un des anneaux ne fut pas terminé.
Nous débutons la lecture de la paroi par la gauche, avec un animal mal identifié parce qu'il a beaucoup souffert de l'érosion : il s'agirait soit d'un aurochs comme l'avait défini l'Abbé Breuil en 1909, ou encore d'un ours comme le pensait le professeur Leroi-Gourhan en 1960. Actuellement, une doctorante en Préhistoire continue d'étudier la frise et cet animal mal défini.
Cet animal (ou ces animaux superposés ?) est suivi par un cheval en haut relief de presque deux mètres de long. Son ventre et son dos sont profondément gravés. Il nous présente un luxe de détails : son il, ses naseaux largement ouverts, sa bouche entrouverte avec la lèvre inférieure pendante et même le muscle de sa jambe bien souligné Cet animal en relief, peint en ocre rouge pouvait sans doute donner une impression de mouvement à certaines heures du jour quand la course du soleil l'illuminait. Du reste, en superposition, se trouve un bison en bas-relief qui ne peut se voir distinctement que lorsque la guide change l'orientation de sa lampe et dont la bosse du dos est faite dans un creux naturel de la paroi.
Le cheval suivant est plus petit et une écaille s'est complétement détachée emportant avec elle, la tête de l'animal.
La plus grande sculpture se trouve à peu près au milieu de l'abri ; il s'agit encore d'un cheval de 2,20 mètres dont la partie inférieure a été fortement endommagée. Cependant, nous pouvons nous demander si les sabots ont été sculptés ou pas par l'artiste ou si elle fut endommagée par les terrassiers. Du reste, d'autres sculptures apparaissent encore au-dessus de ce cheval, mais il est difficile de savoir s'il s'agit d'un couple de bovidés ou de rennes. Possiblement, il existerait même un autre animal encore derrière A noter qu'il se trouve de face aux autres chevaux précédents.
La plupart des sculptures sont de grande dimension, mais il en existe de plus petites, comme cette tête de cheval tout à fait reconnaissable. L'original étant sur le point de s'ébouler, cette sculpture fut remplacée par une copie. Du reste, si son avant-train n'est pas visible, c'est parce qu'il avait déjà probablement disparu.
Ces uvres grandioses nous plongent immédiatement dans l'imaginaire de ce qu'a pu être cet habitat et de tant d'autres désormais perdus ou disparus. Nous ne savons pas s'il s'agit de l'uvre d'un ou de plusieurs artistes. Peut être la Dame du Cap Blanc y a-t-elle participé, car sa sépulture fut retrouvée par hasard en 1911, deux ans après la découverte de l'Abri, quand un mur fut construit pour le protéger, mais également pour commencer à faire des visites, car les deux activités étaient compatibles dans ces années-là.
Ici aussi, les coups de pioche des fouilleurs n'ont pas épargné le crâne de la jeune femme en y faisant un trou irréversible. Elle mesurait 1,58 m et aurait eu possiblement de 16 à 35 ans au moment de son décès. Nous pouvons en tous les cas admirer sa superbe dentition. Elle fut enterrée en position ftale avec une main repliée sur son visage, dans une fosse de 60 cm de profondeur, recouverte de trois dalles de pierre. Elle aurait environ - 14 000 ans.
Beaucoup de matériel de sculpture fut retrouvé avec le squelette, mais il est impossible de dire s'il s'agissait du propre matériel de cette femme enterré avec elle ou s'il est tombé par la suite des éboulements par inadvertance dans la tombe.
Des éléments de parure furent également retrouvés
dans l'Abri sans qu'il soit possible de déterminer s'ils appartenaient
ou non à cette défunte.
Il s'agit d'une copie et l'original se trouve actuellement au Field Muséum de Chicago à qui il fut vendu en 1929 par le propriétaire ; cependant, le Muséum continue de donner des informations à la France sur l'étude de ce squelette.
En tous les cas, il s'agit de la seule sépulture de l'Abri, placée comme par hasard devant le cheval central ; le corps fut dirigé de façon à ce qu'il soit face à la vallée. Tous ces détails contribuent à nous faire imaginer son visage et ce que put être son existence
La frise continue encore avec un cheval dont nous voyons bien la tête, le toupet, l'ourlet de l'oreille, l'encolure et le poitrail qui est tourné de trois quart. En superposition, se détache un petit bison sculpté, mais dont l'arrière-train fut gravé, ce qui nous fait basculer d'une technique à une autre. Sur cette dernière, un trait nous laisse supposer qu'il y aurait peut-être un autre cheval, positionnant ces deux animaux dos à dos, ce qui est une position typique dans le comportement de ces animaux.
Les deux chevaux qui terminent la frise mesurent, l'un 1,90 m et l'autre 1,40 m ; nous remarquons qu'au niveau de leurs dimensions et de leurs positions, ils sont identiques aux deux premiers chevaux qui commencent la frise, avec la superposition d'un bison vers la gauche qui fait face au premier.
Ce travail symétrique se retrouve jusqu'à la dernière sculpture, supposée être un bovidé, faisant face au premier.
Nous remarquons à l'évidence, un travail de composition recherché et exécuté par de véritables artistes.
Dans la dernière alcôve, se trouve à son entrée, un bloc sur lequel nous distinguons un petit bison (copie) ; mais nous ne savons pas s'il se trouvait à cet emplacement originellement, s'il fut un mobilier qui permit aux artistes de s'entraîner avant d'exécuter la frise ou encore autre chose.
Toutefois, il est tout à fait envisageable que d'autres sculptures, aujourd'hui disparues, ornaient d'avantage cet ensemble.
Outre les fouilles de 1909, d'autres campagnes furent effectuées, notamment en 1968 par M. Alain Roussot, Directeur du Musée d'Aquitaine et par la suite en 1992 ; une coupe stratigraphique avec quatre couches principales fut effectuée (en 1968). Il s'agit d'une coupe, témoin de quelques ossements d'animaux ainsi que d'outils, mais la plus grande quantité de ceux-ci fut découverte en avant de l'abri.
Il faut mentionner que ce fut une chance par rapport aux couches archéologiques qui furent mélangées lors de la découverte, que la section achetée par le Docteur Lalanne s'arrêtât au milieu du premier animal, car l'autre propriétaire s'opposa farouchement à ce que des fouilles soient faites chez lui ; ainsi, le sol fut moins malmené sur l'autre partie de l'abri.
La plus grande occupation du site se situe vers -15 000 ans
avec des traces de foyers et beaucoup d'ossements d'animaux (rennes, chevaux,
bisons, aurochs, antilope saïga), des coquillages, de l'outillage.
L'animal le plus chassé et le plus consommé fut de
toute évidence le renne.
Quoiqu'il en soit, cette frise monumentale qui s'offre à nous aujourd'hui, pleine de vie, fut un magnifique décor pour Cro-Magnon qui, nous le savons désormais, se plaisait aussi à orner son " intérieur ".
Rare, car exécutée en plein air, elle nous donne la certitude que beaucoup d'uvres d'art n'existaient pas qu'à l'intérieur des grottes profondes, mais aussi à l'extérieur.
LES " PLUS " DE CET ABRI
- Avant d'accéder à l'Abri, nous pouvons visiter des salles explicatives avec des informations présentées de manière pédagogiques sur les outils retrouvés dans l'Abri présentés dans des vitrines, une vision globale de l'art préhistorique et des Vénus ainsi que les différentes techniques pour exécuter des sculptures en bas-relief, en haut-relief et en ronde-bosse. Il y a aussi une belle peinture permettant d'imaginer la vue de l'Abri sur la rivière de la Beune à ces époques reculées.
- Un bon accueil et des guides expérimentés qui connaissent bien leur sujet.
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
La visite dure environ 45 minutes.
Réservation uniquement à la billetterie de Font-de-Gaume.
Le site dispose également d'une billetterie sans réservation.
Ouvert tous les jours sauf le samedi et certains jours fériés (vérifier les horaires d'ouverture selon les différentes périodes de l'année).
Tél. 05 53 06 86
00
Fax : 05 53 35 26 18
Courriel : fontdegaume@monuments-nationaux.fr
(Article écrit en Mai
2003 et réactualisé en Mai 2011).

Vue face à l'Abri sur le Château de Commarques...