LES ABRIS DE BARFALUY


Comme un papillon à trois ailes, accroché à la falaise…

 

Le Village de Lecina

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OU SE TROUVENT-ILS ?

Il vous faudra aller jusqu'en Aragon en Espagne pour visiter les abris de Barfaluy. Si vous ne connaissez pas la région du Somontano, qui est une des plus belles de la péninsule ibérique, juste derrière la barrière pyrénéenne, vous allez être ensorcelé par ce paysage sauvage de toute beauté, fait de rocs et de canyons, de falaises à pic et d'une végétation influencée à la fois par la méditerranée et l'atlantique. A proximité d'Alquezar, ancienne bastide maure, le passé historique de la région vous enchantera ainsi que son vin, ses spécialités culinaires, ses petits villages charmants, ses curiosité diverses (historiques, ludiques, sportives etc.)


On peut s'y rendre de diverses manières : il faut passer en Espagne par les Pyrénées Centrales, mais en fait, tout dépend d'où vous arrivez. Si vous passez par le tunnel de Bielsa, il vous faudra ensuite vous rendre jusqu'à Ainsa et à la sortie de ce village, prendre la route à droite en direction d'Arcusa qui serpente dans la campagne jusqu'au petit village de Lecina (à peu près 30 à 40 km d'Ainsa)


Une fois arrivé dans le village, un parking vous attend à l'entrée. N'hésitez pas à y laisser votre véhicule que vous ne pourriez pas garer dans les ruelles étroites du village et allez à pied jusqu'à la place centrale du village, point de départ de la promenade (environ 300m du parking à pied) Vous aurez ainsi le loisir de prendre contact avec ce village adorable, d'admirer ses anciennes portes, ses vieilles maisons de pierre, ses petits jardins, son cimetière typique, son église…

Champ de coquelicots en face du parking à Lecina


Il vous faudra aussi prévoir cette visite accompagné d'un guide car les abris étant fermés par des grilles pour protéger les peintures, vous ne pourrez pas y accéder sans lui. Et les guides du Centre d'Interprétation de Colungo (à 18 km de Lecina) sont des personnes tout à fait passionnées par leur métier. Il serait dommage de se passer de leurs commentaires !

Porte d'une maison dans le village

 

QU'Y VOIT-ON ?

L'étroit sentier qui mène à los Covachos (les abris) de Barfaluy est sans difficulté pour qui peut marcher sans peine. Les pentes descendantes ou montantes sont légères, mais le parcours est caillouteux. Il vous faudra compter en moyenne 2h30 à 3h, marche et visite des abris compris.

Balisage de la promenade

Le parcours démarre donc du centre du village et c'est là que vous retrouverez votre guide à l'heure prévue pour la visite. De toutes les façons, le chemin est très bien balisé et même si vous décidez de faire la promenade en solitaire, vous ne risquez pas de vous perdre.

Départ de la promenade au centre de Lecina

A la sortie du village, le guide vous montrera d'abord une curiosité régionale. Il s'agit d'une fontaine (fuente) Il s'agit probablement une construction médiévale datant du 7ème au 15ème siècle, mais qui est aussi peut-être une construction d'origine maure. Ces constructions sont abondantes aux abords des villages dans le Somontano, car elles alimentaient en eau de source les villages, surtout durant la saison estivale, très sèche dans cette région. Il faut savoir que le petit village de Lecina ne fut équipé de l'eau courante que dans les années 80…


Telle une cave, on y accède par des marches qui descendent jusqu'à cette cuve construite en pierre et qui se remplit naturellement. On peut y imaginer les femmes du village qui, il n'y a pas si longtemps encore, venaient y puiser l'eau dans des vasques qu'elles portaient ensuite sur leurs têtes pour les transporter jusqu'à leurs maisonnées. De nos jours, elle sert encore d'abreuvoir pour les animaux lorsque l'eau vient à manquer. Il faut noter que ces villages étaient encore très peuplés jusqu'aux années 70 où, comme chez nous, beaucoup des gens des campagnes sont partis habiter en ville. L'exode rural a beaucoup touché l'Aragon.

A peu près 20 minutes de marche plus loin, vous arriverez à un carrefour. Le sentier continue droit devant vous, mais il vous sera utile de faire un petit crochet à gauche d'une dizaine de mètres, afin de regarder un panneau d'observation placé à un endroit stratégique, duquel on a un joli panorama sur la chaîne des Pyrénées et ses différents sommets (le Mont Perdu etc.) Vous apprendrez que sur ce terrain calcaire, il y a bien des siècles, il y avait la mer. Sous la pression de la plaque africaine qui poussa la plaque ibérique, les montagnes pyrénéennes se formèrent, il y a à peu près 80 millions d'années. D'ailleurs, on trouve fréquemment dans cet endroit des fossiles marins.

 

Tout en continuant votre route, vous traverserez le lit d'une petite rivière à sec de nos jours et vous remarquerez à quel point la végétation est parsemée de différentes espèces d'arbres, de fleurs et de plantes aromatiques : le chêne vert (encima) côtoie le buis (boj) et les chênes. Le paysage est parsemé de thym sauvage (tomillo), de sarriette (ajedrea), de romarin, de genévriers (enerros) et de lavande (lavanda) qui était autrefois cueillie et vendue à des marchands qui confectionnaient du parfum dans leurs alambics.

 

Il y a aussi de nombreux " lits de pierre " (canchals), tout à fait typiquement typiques… sur lesquels rien ne peut pousser et qui serpentent en descente jusqu'à la vallée, comme de gros serpents aux écailles grises…

Canchal et fleur dans la rocaille

 

Plus loin, vous rencontrez un panneau explicatif sur " Las Carboneras ", c'est à dire la technique d'extraction du carbone végétal. Ce fut une activité intense et un support économique non négligeable pour les habitants de la région durant des temps immémoriaux. Grâce à une variété particulière de chênes verts, il est possible d'obtenir par combustion de ceux-ci, du carbone qui servait à cuisiner par exemple. Il suffisait, sur une large surface plane, de construire une sorte d'immense bûcher, comme un grand four, dans lequel on mettait à calciner des morceaux de ce bois. Au bout de 10 à 15 jours, lorsque la fumée devenait de blanche à bleue, on pouvait remplir des sacs de ce carbone qui étaient ensuite transportés à dos de mulets jusqu'au village, avant d'être acheminés en charrettes, puis en camions plus tard, jusqu'aux villages voisins afin d'être vendus à la consommation. Cette activité traditionnelle est maintenant totalement abandonnée, mais il est bien possible qu'un jour ou l'autre, les humains se trouvent dans l'obligation de revenir à des techniques ancestrales qui ont fait leurs preuves ! Cela dit, il s'agissait probablement d'un labeur assez pénible et peu rentable pour les ouvriers qui s'occupaient de couper le bois, d'alimenter ces carboneras et ensuite d'acheminer le carbone jusqu'à destination…

 

Vous arriverez enfin au bord de la falaise et vous emprunterez un chemin de fer afin de descendre jusqu'aux abris.

Chemin de fer et premier abri


Le premier abri est assez petit et étroit. Les dessins peints en noir sont assez illisibles. Il s'agirait d'un groupe de six capridés, d'un cervidé et peut-être de quelques anthropomorphes. Il s'agit d'art schématique daté de l'Age de Bronze, c'est à dire 1 500 ans avant notre ère. Il n'a pas été possible de les dater au carbone 14 car la matière n'était pas en quantité suffisante.

Le long de cette falaise abrupte, vous remarquez des sortes de longs paniers en osier, plus larges d'un côté que de l'autre et qui sont en fait des ruches (arnal) qui étaient suspendues autrefois par des cordes dans le vide, le long des falaises. Un côté était bouché par de la bouse de vache. Lorsque les apiculteurs voulaient récolter le miel des abeilles (abejas), ils remontaient les paniers et en extrayaient la précieuse substance sucrée. Astucieux, n'est-ce pas ? De nos jours, cette coutume a disparu, mais les paniers sont toujours là, témoins silencieux de cette pratique ancestrale.

Les ruches ou arnal

 

Le second abri est beaucoup plus profond. Le carbone noircit toujours le plafond intensément. Il y a là un panneau assez étrange avec des signes énigmatiques indéchiffrables, des figures anthropomorphiques sexuées, une biche… Ces figures sont peintes en rouge et sont toujours attribuées à l'art schématique et datées de 2 500 ans avant notre ère. Un superbe signe arboriforme également orne l'une des parois et probablement un cavalier.

Enfin, le troisième abri, toujours peint en rouge, révèle un personnage humain tout à fait étrange et intéressant avec un signe au-dessus de sa tête, les doigts des pieds et des mains exagérément écartés, un point entre les jambes. Sous ce personnage se trouvent deux animaux qui font penser à des renards. S'agit-il des animaux " totem " de ce curieux chamane en plein rituel ?
Sur la même paroi, on retrouve trois personnages aussi énigmatiques : l'un semble tirer un travois sur lequel se trouve un personnage assis ou allongé. Un autre personnage se trouve associé à la scène debout derrière le travois.


Sur la paroi, à côté et près d'une faille, se trouve un signe composé de deux traits et d'un point au milieu.
Ces dessins sont attribués à une période bien plus ancienne que les deux abris précédents : peut-être datent-ils selon leur style de l'époque Mésolithique ou Epipaléolithique.

 

Quoiqu'il en soit, ces dessins dont la signification profonde nous échappe, nous offrent cependant quelques éléments de compréhension : l'humain vient se placer comme un élément central dans le paysage de ces époques par rapport aux dessins du Paléolithique Supérieur. Ces humains portent probablement des parures, tels que des chapeaux de plumes sur leurs têtes. Les animaux sont toujours présents et importants dans cet art, mais leur place est minimisée par rapport aux grottes ornées du Paléolithique Supérieur. Ces sociétés pratiquent toujours des rituels en rapport avec des croyances qui bien entendu nous échappent mais leur spiritualité nous saute aux yeux. Toutefois, ils n'éprouvent plus le besoin de dessiner dans des grottes profondes et leur art bien que situé dans des endroits difficiles d'accès, est montré à la lumière du jour. Moins réaliste et plus codifié, cet art est toujours destiné à qui sait le lire et le déchiffrer. Les humains sont de plus en plus proches dans la schématisation de la synthétisation de leurs pensées, tel un langage codé dont nous avons bien entendu perdu la clef de la compréhension, mais que nous pouvons toujours admirer pour ce qu'il est.

LES " PLUS " DE LA VISITE

- une merveilleuse promenade au beau milieu d'un paysage sauvage, d'une faune diverse (de nombreux rapaces survolent les abris) et d'une flore préservée


- des guides sympathiques et qui connaissent bien la région

Jésus, guide à Barfaluy


LES " PLUS " DU SITE

- à la sortie du village, ne quittez pas Lecina sans avoir vu le chêne vert millénaire absolument édifiant, gigantesque et majestueux.

 

- l'Hôtel " La Choca " au cœur du village vous accueillera avec plaisir si vous ne savez pas où loger. Une très bonne adresse même pour un simple déjeuner ou dîner. Il est préférable de réserver à l'avance :

Tél. 974 343 070
Fax : 974 318 466
Courriel : chocala@gmail.com

 


RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Pour toute visite guidée, il faut réserver :

www.somontano.org

www.parqueculturalriovero.com

Tél. de l'Office du tourisme de Barbastro : 974 308 350

Centre d'Interprétation d'Art Rupestre : 974 318 185

Courriel : parqueculturalriovero@somontano.org

 

 

Patricia MILAN (Mai 2008)