LE MUSEE FENAILLE

Des pierres gravées en Rouergue…

Télécharger en word

Download in English

OU SE TROUVE-T-IL ?

Vous visiterez le Musée Fenaille à Rodez, capitale de l'Aveyron et de l'ancienne province du Rouergue. Il vous faudra grimper jusqu'au cœur de la ville historique, à l'emplacement même de l'ancien Forum romain qui se tenait encore sur ces hauteurs, dans les tous premiers temps de l'ère chrétienne. Aujourd'hui, la place est toujours agréable, fleurie. Les maisons bourgeoises affichent leur austérité de façade de part et d'autre : pierre blanche, toits en ardoise, grandes fenêtres classiques. Le Musée fait partie de l'une d'elles. A l'intérieur, la Modernité et la Renaissance s'y mélangent harmonieusement.

Le Musée vit le jour en 1837. Il fut installé ensuite, à son emplacement actuel, grâce à un mécène : Maurice Fenaille. Ce dernier offrit en 1929 à la Société des Lettres, Arts et Sciences de l'Aveyron (fondée en 1826), l'Hôtel de Jouéry dont on peut encore admirer, outre les très beaux parquets, une cour intérieure à galeries de bois, en plein centre de l'édifice moderne qui a englobé les parties anciennes dans son enceinte.

QU'Y VOIT-T-ON ?

Le troisième étage est entièrement consacré à ce qui nous intéresse : les statues-menhirs retrouvées en Rouergue et dont 17 exemplaires originaux sont présentés dans une seule salle de cet étage. Elles reposent chacune sur un socle de terre, rappelant ainsi qu'elles étaient destinées à être fichées dans le sol, le plus souvent en pleine nature.

La première est la plus grande par sa taille. Elle garde l'entrée comme une sentinelle du haut de ses 2,10 m. Si vous plissez les yeux doucement, les autres vous apparaîtront derrière elle, dans la lumière tamisée, comme autant de personnages fantômes d'une foule silencieuse et statique. Vous pourrez alors déambuler de l'une à l'autre pour faire plus ample connaissance avec ces pierres de grès (parfois de schiste) sculptées sur les deux faces, tantôt féminines, tantôt masculines. Vous aurez même l'occasion de les approcher de très près sans pour cela les toucher même si la tentation est grande de passer la main sur les chevelures sagement peignées, de serrer ses bras tout autour, de toucher du doigt la surface de la pierre et les lignes gravées dedans.

Approchons-nous de la plus célèbre, " La Dame de Saint-Sernin ", retrouvée en pleine nature dans les années 1888 par l'Abbé HERMET. Elle mesure 106 cm de haut sur 54 cm de large, elle a 18 cm d'épaisseur et pèse 171 kg. De plus, elle est en très bon état de conservation.

Son visage de face présente 2 trous pour marquer l'emplacement de ses yeux. Un long nez sépare 5 rangées horizontales de tatouages (ou scarifications ?) sur les deux joues. La bouche est absente. Le cou est orné de 6 rangs de colliers, puis au-dessous de deux petits seins ronds dits " en bouton ". A milieu de la poitrine, siège une pendeloque qui pend à un lien et qui repose sur le ventre. Les bras et les mains viennent se joindre sans se toucher de part et d'autre juste au-dessus de la ceinture constituée de deux bourrelets. Enfin, les jambes ainsi que les doigts de pied figurés par de simples traits dans la roche tout comme les mains, viennent se placer en dessous du buste.
Les plis de la cape qui apparaissent de face, tombant des épaules aux pieds, sont gravés sur toute la face arrière à l'exception des omoplates " à crochets " ou en forme de crosse, de la chevelure formée de deux tresses nouées (et qu'une raie, soigneusement gravée vient séparer sur le dessus de la tête) ainsi que de la ceinture qui fait le tour complet de l'habit.

La Dame de Saint Sernin

Est-ce là un modèle de la tenue vestimentaire de ces premiers peuplements sédentaires d'agriculteurs/éleveurs qui occupaient le territoire des Grands Causses appelés " Groupe des Treilles " ? Le département de l'Aveyron est composé de reliefs profondément entaillés par les rivières, les " montagnes " telles que l'Aubrac, le Lévézou ou les Palanges ainsi que les hauts plateaux calcaires (les Causses) ou schisteux (le Ségala).

On a d'abord pensé qu'il s'agissait de divinités romaines ou gallo-romaines. Puis l'étude de leurs attributs guerriers et de leur parure les a daté comme appartenant au Chalcolithique ou au Néolithique final c'est à dire de - 3 500 à - 2 200 ans avant J.C. Cependant, leur datation est difficile. Retrouvées souvent en dehors de tout contexte archéologique, elles ont parfois joué un rôle tout autre que ce pourquoi elles avaient été initialement conçues : plaque de cheminée, décoration d'entrée de maison, petit pont pour passer un ruisseau… avant d'être regroupées sous le toit du musée et restaurées.

Que savons-nous de cette époque de la Préhistoire ? Que ces sociétés ne possédaient pas l'écriture dans cette partie du monde alors qu'au Moyen Orient, celle-ci faisait son apparition et que les Egyptiens érigeaient déjà leurs premières pyramides aux environs de 2 600 ans avant J.C. Cependant, ces peuples enterraient leurs morts collectivement dans des tumulus (présentation d'une sépulture collective), ils venaient de découvrir le cuivre et son utilisation, quoique la taille du silex était toujours abondamment pratiquée pour fabriquer des outils et des armes, ils pratiquaient la trépanation à des fins qui nous restent inconnues (médecine, rites religieux…) et ils commençaient à élever les animaux et à cultiver les sols au détriment d'un mode de vie ancestral : la chasse et la cueillette.
Leur mode alimentaire fut bouleversé : la cuisson au four des céréales cultivées, l'apparition de la poterie à des fins culinaires. Des bijoux en os, en stéatite, calcite ou en perles de cuivre, une palette à fard (ou peut être à des fins thérapeutiques ?), un petit atelier de médecine sont également exposés à cet étage dans le Musée.

En outre, et cela n'est pas de moindre importance, ils commençaient à faire la guerre au sens propre du terme et il arrivait à ces nouveaux ruraux de troquer parfois leurs herminettes à défricher contre une hache meurtrière. Des pointes fichées dans des ossements sont présentées, témoignant de morts violentes.

Du reste, les statues masculines portent des armes (arc, flèche, hache) et un baudrier est disposé en travers de leurs poitrines, maintenu à l'arrière par une bretelle qui rejoint la ceinture. Parfois, un accessoire de forme triangulaire et pourvu d'un anneau y est suspendu. Certains archéologues lui ont donné le nom d' " objet " ne pouvant déterminer la nature exacte et l'utilisation de cet ustensile.

Ainsi, les statues-menhirs restent une énigme. Leur présence est entourée de mystère. Certaines, dans d'autres régions, furent découvertes dans des sanctuaires funéraires ou dans des habitats. Les caractéristiques régionales sont donc à prendre en compte dans leur interprétation. Représentent-elles des ancêtres, des génies, des divinités, des héros de légendes censés veiller et inspirer les humains ? En pleine nature étaient-elles des guides, des jalons, des protections pour les chasseurs dans ces lieux sauvages ?

Sans bouche et sans sourire, ces sculptures muettes, demeurent également les gardiennes silencieuses d'une période encore mal connue aux limites floues de l'Histoire et de la Préhistoire. Leur langage est ailleurs. Cependant, elles nous livrent un luxe de détails, au travers de leurs diversités régionales, par leurs costumes, leurs coiffures, leurs attributs… Nul doute qu'elles aient pu nous impressionner dans leur milieu naturel si d'aventure, nous en avions rencontré une, dans la nuit naissante, à l'orée d'un bois touffu, dressant son ombre majestueuse dans la semi-obscurité… Dorénavant, vous savez où les trouver et elles vous attendent !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ces statues-menhirs, alors pour résumer, nous savons aussi que :
- Une statue-menhir est une sculpture fichée en terre qui fait penser à un menhir, d'où son nom !
- Sa surface est sculptée en bas-relief ou relief gravé
- On différencie les statues masculines et féminines à leurs attributs, pourtant certains personnages sont transsexués, c'est à dire qu'ils étaient dotés initialement de caractères masculins que l'on a transformé volontairement pour en faire des statues féminines (pour la très grande majorité)
- La bouche est rarement dessinée
- Leur poids varie de 90 à 870 kg concernant celles du Musée Fenaille. Cependant, il en existe ailleurs dont le poids est plus important.
- Certaines ceintures sont ornées d'une boucle simple ou décorée (statues masculines)
- La technique du bouchardage à l'aide d'outils en pierre était utilisée pour leur confection, puis les statues étaient polies à l'aide d'eau et de sable.
- Des concentrations importantes se rencontrent dans le sud de la France, en Italie et autour de la mer Noire : Ukraine et Crimée. Ailleurs, quelques exemples ont été recensés notamment dans la Péninsule Ibérique, en Bulgarie, en Grèce et en Roumanie.

LES " PLUS " DE LA VISITE

- Le 2ème étage du musée nous entraîne dans le monde romain et gallo-romain de Ségodunum, capitale de la cité des Rutènes (division administrative de l'empire romain) du 1er au 4ème s. après J.C. De belles pièces sont à découvrir telles qu'une borne milliaire, la divinité gauloise au torque et au poignard, le squelette de l' Enchaîné de Rodez, des mosaïques etc.
- Toujours au 2ème étage, une section Moyen Age dans une partie de l'Hôtel de Jouéry : une magnifique clef de voûte, le gisant de Guillaume Ratier datant du 14ème s., des meubles, des boiseries précieuses, des bijoux etc.
- Le 1er étage est consacré au 16ème s. lorsque le comté de Rodez fut réuni à la Couronne de France.
- Le rez-de-chaussée accueille des expositions temporaires
- Une belle librairie, des souvenirs, des affiches, des cartes postales…
- Des guides/conférenciers qui vous donneront l'envie d'en découvrir plus sur la région et la ville de Rodez

INFORMATIONS PRATIQUES

Horaires d'ouverture :
mardi, jeudi et vendredi de 10h à 12h et de 14h à 18h
mercredi et samedi de 13h à 19h
dimanche de 14h à 18h
fermeture le lundi

14, place Raynaldy
12000 RODEZ
Tél. 0565738430
Fax 0565738431
E-mail : musee-fenaille@wanadoo.fr
Site Internet : www.musee-fenaille.com

Patricia MILAN (Juin 2005)