LE DOLMEN DE POULNABRONE
La Pierre sensible du Burren

OU SE TROUVE-T-IL ?
Le Dolmen de Poulnabrone se trouve en Irlande dans une région appelée le Burren.
En 1640, le géomètre de Cromwell décrivit le Burren comme : « Un lieu sauvage nayant pas assez deau pour noyer un homme, pas un arbre pour le pendre, ni assez de terre pour lenterrer »
Le mot Burren vient du mot
« An Bhoireann » qui signifie en gaélique
« le Pays Pierreux »
Ce nom décrit parfaitement ce vaste plateau désertique situé
au nord-ouest du Comté de Clare et lancien nom donné
à lIrlande : HIBERNIA
Fondé en 1991, le Parc National du Burren est le 5ème parc national d'Irlande. Le Burren est un gigantesque plateau dont les formations rocheuses datent de deux millions d'années.
QUY VOIT-ON?
Un peu de géologie
Cet ensemble de roches fait environ 300 km². Ce sont des roches exogènes, c'est-à-dire qui se forment à la surface de la terre.
Elles forment un lapiaz souvent régulier, presque géométrique.
C'est-à-dire des crevasses et fissures rocheuses dues :
- au ruissellement des eaux
de pluie
- à la gélifraction : altération du sol
rocheux causé par les cycles de gel et de dégel de leau
à lintérieur du sol

Ainsi, la glaciation, les
vents, lérosion due aux pluies ont sculpté dans le calcaire
des blocs, séparés de fissures profondes appelées « grykes »
qui peuvent atteindre 2 mètres de profondeur!
Leau de pluie imprègne facilement la roche poreuse, creusant
ainsi un vaste réseau de cavités sous le plateau rocheux
avec des grottes et des rivières. Il sagit dun
relief de type karstique.

Dans la partie sud du Burren, le schiste noir et le grès forment
de vertigineuses falaises : les Cliffs of Moher.

Seul indice dune présence humaine de nos jours: les murets de pierre sèche qui grimpent à lassaut des collines, délimitant lespace et quelques cottages en pierre.
Ils sont dailleurs la preuve de loccupation très ancienne de la région, car on estime que les premiers humains sinstallèrent dans le Burren, il y a 6 000 ans.
Dailleurs, il fut un temps où les collines du Burren étaient recouvertes de terre et légèrement boisées. Mais les premiers sédentaires qui sinstallèrent dans la région déboisèrent et utilisèrent les collines comme pâturages, provoquant une érosion lente mais irréversible, permettant à cette énorme masse rocheuse daffleurer, telle quon la voit aujourdhui.
Les agriculteurs du Néolithique auraient donc déboisé la majeure partie de la forêt de pins et de noisetiers couvrant à lorigine le Burren pour la cultiver. Cela aurait contribué à laridité du sol.
Depuis cette époque, les fermiers et leurs bétails furent une des forces principales dans la formation de ce paysage. Il est évident que les collines, les monuments évocateurs et la flore éblouissante du Burren sont tous fortement liés aux activités de ces fermiers de la « roche fertile »
Même la flore réputée du Burren est, dans un sens, un sous-produit de lactivité agricole, en particulier le pâturage hivernal ancestral. Les animaux passent lhiver à paître sur les collines, broutant les herbes touffues et les broussailles qui, faute de quoi, éclipseraient les fleurs spécifiques au Burren. Ils réalisent cette tâche importante à un moment où ces fleurs (orchidées et gentianes) hibernent pendant lhiver.
La température en hiver est plus élevée sur les collines que dans les vallées. Doù une pratique inhabituelle qui consiste en cette saison à faire paître le bétail sur les hautes terres. La transhumance sy pratique donc à lenvers : lhiver, les bêtes sont emmenées sur le plateau qui restitue la chaleur emmagasinée et lété, elles séjournent dans la plaine.
Aujourdhui, environ 500 familles agricoles continuent à vivre sur le Burren, la moitié de leur nombre il y a juste trente ans. Ces agriculteurs sont lâme de la région, les gardiens dun patrimoine sans prix. Plus de 90 % du Burren est en exploitation privée dont la culture est assurée par les mêmes familles depuis des générations.
Ces gardiens du Burren, leur terroir et leur mémoire collective méritent le respect.
Les nombreux vestiges préhistoriques de la région sont :
- les Forts circulaires en pierre sèche appelés « ring forts » ou « cahers », comme celui de Cahercommaun bâti au IXe siècle sur trois anneaux concentriques, mais il en existe de plus anciens construits dès lAge de Fer qui constituent une curiosité irlandaise

- les Monuments Mégalithiques comme les dolmens
Ce fut donc les générations précédentes des premiers fermiers du Burren qui bâtirent :
- des dolmens pour enterrer leurs morts
- des forts circulaires pour protéger leurs troupeaux
- des églises pour vénérer leurs dieux
- des murs de pierre pour organiser leurs élevages
Une grande partie de larchéologie du Burren est simplement le patrimoine des générations de fermiers.
Un peu de botanique
Le Burren est unique par sa flore. Y croissent en effet plantes méditerranéennes et alpines très rares en Irlande. De mai à août, des fleurs multicolores égaient ce paysage austère.
Ces espèces poussent :
- surtout autour des lacs
et des pâturages paisibles de la région
- elles prennent aussi racine dans les fissures des blocs rocheux
typiques de ce plateau montagneux
Quelques arbres poussent tant bien que mal dans cet endroit sauvage:
- lAubépine, mais elle est souvent tordue et rabougrie. L'Aubépine est un arbrisseau buisson pouvant atteindre 4 mètres de hauteur. Les rameaux grisâtres sont couverts de fortes épines courtes. Les feuilles dentées et incisées sont divisées en trois à cinq lobes peu profonds, vert luisant dessus, plus pâles dessous. Les fleurs blanches ou rosées apparaissent en mai. Le fruit charnu renferme plusieurs graines.

- Le Géranium sanguin, une plante alpine qui pousse en juin appelée aussi « Herbe à becquet » ce qui veut dire « Bec de grue »

- La Gentiane bleue printanière est le symbole du Burren. Cest
une fleur que lon trouve généralement dans les Alpes
et grâce à sa précocité, nous en verrons peut-être

- LHélianthème grisâtre est une petite plante vivace de taille modeste avec une fleur de couleur blanche

- Le Houx qui senracine dans les blocs, mais le vent et le
bétail lempêche de croître
- Les Cheveux de Vénus ou appelée encore la Nigelle de Damas qui croît dans les fissures humides

- Les Chêneaux, cette fleur des montagnes qui pousse ici au
niveau de la mer
- Les Orchidées présentes tout lété : lorchidée mauve, les orchidées qui ressemblent à des insectes et celle particulière au Burren, dun jaune tilleul qui éclot en mai et juin.

Les animaux du Burren
Le Burren est lun des meilleurs endroits dIrlande pour admirer :
- Les Papillons : pas moins de 28 espèces différentes dont le fameux « le Collier argenté aux ailes mouchetées »

Et les oiseaux :
- LAlouette des champs
qui turlute
- Le Coucou qui coucoule
- Les cygnes sauvages dIslande qui volent vers le Burren en
hiver et qui ont inspiré bien des contes et des légendes

- La Corneille mantelée, reconnaissable à son plumage
noir et gris

La côte est le refuge des petits pingouins, des guillemots et macareux moines, mouettes, cormorans huppés, pétrels, fulmars.
Les Turloughs sont des lacs à sec en été mais pleins en hiver et ils attirent le gibier deau et les échassiers.
Les mammifères sont
plus difficiles à repérer :
- Les Blaireaux
- Les Renards
- Les Hermines
- La Martre ou Fouine des pins

Mais on a plus de chances de croiser un troupeau de chèvres ou un lièvre irlandais (qui est blanc et marron en hiver et se teinte de roux en été)
Cette terre de Burren nest donc pas si désertique quon
pourrait le penser ou comme le pensait le géomètre de Cromwell.
Cest un merveilleux lieu pour les botanistes, les amateurs de Préhistoire,
d'Histoire, les géologues, les observateurs des animaux et tout simplement
les amoureux de la nature !
Le Dolmen de Poulnabrone
Le Dolmen de Poulnabrone est une « tombe portail » ou à portique qui daterait de - 4 000 ans avant notre ère. Cela veut dire que sa table est surélevée. Le portique servait de linteau.

De tels dolmens se rencontrent en France :
- à Bagneux près
de Saumur
- à Essé en Ille et Vilaine (le Dolmen de la Roche
aux Fées)
Il servit probablement de tombe comme le prouvent les ossements carbonisés retrouvés lors de fouilles en 1986.
Leur chambre quadrangulaire est précédée d'une galerie moins haute et moins large, coiffée d'une dalle unique. Ces types de dolmens ont parfois des dimensions importantes.
Selon létymologie grecque, un mégalithe est une grosse pierre. En conséquence, un monument mégalithique sera fait dune ou de plusieurs grosses pierres brutes ou peu aménagées.
Dans limagerie populaire, les dolmens et les menhirs sont des « rude stones » daprès James Fergusson, un des premiers archéologues dès 1872.
- Les dolmens en Breton
sont des tables de pierre maintenues à lhorizontale au-dessus
du sol par des piliers de pierre dressées que lon nomme orthostates
ou piliers
- Les menhirs ou « pierres longues »
en breton, sont des pierres debout
On a longtemps cru que le dolmen était une table de sacrifice où le druide venait immoler une victime offerte à on ne sait quel dieu. Mais on ne construisait plus aucun dolmen, en Irlande, ni en Gaule, quand les Celtes sy installèrent.
Les dolmens étaient édifiés à lorigine sous des tumuli : masse de terre ou de pierre plus ou moins structurée au sein desquelles ils étaient enfouis. Le tumulus est lenveloppe du dolmen accessible par une dalle amovible sur son pourtour ou par un couloir à travers la masse protectrice.
En France, on appelle les tumulus des « tertres » constitués de terre ou de cairns (amas de pierre)
Les tumuli ont des formes très variables :
- montage de pierres sèches
dit « parement »
- de pierres dressées juxtaposées en alternance de dalles
dressées et de murets de pierres sèches
- une simple ligne de grosses pierres
- une rangée de poteaux en bois accolés à la base du
tumulus
En France toujours, nous parlons généralement de :
- Tombes ou de sépultures
mégalithiques
- Tombes à couloir
- Dolmen à couloir
Donc, pour en donner une définition générale, on peut dire « quun dolmen est une chambre funéraire accessible, construite généralement avec de grosses pierres et qui étaient recouvertes dun tumulus », selon la définition du Dr Arnal au milieu du 20ème siècle.
La plupart du temps, le tumulus a disparu sous laction des humains qui ont récupéré la terre ou la pierre qui le constituait, laissant à la surface au sol, le squelette, c'est-à-dire le dolmen.
Sous les tumulus peuvent exister des dolmens tels que nous les avons définis, mais construits avec dautres matériaux comme la pierre sèche ou le bois ou combinés entre eux dans un même monument. Certains contiennent plusieurs dolmens, des coffres, des urnes en argile cuite etc. avec à lintérieur un ou plusieurs corps entiers ou calcinés.
Géographiquement, de nombreuses régions du monde possèdent des dolmens. On en rencontre au Portugal, en Sardaigne, en Inde, en Corse, en Chine, en Ethiopie, à Madagascar
La forme du tumulus peut être elle-même variable : circulaire, trapézoïde, triangulaire ou rectangulaire plus ou moins allongée, de petite taille ou gigantesque, simple tas de pierres en dôme arrondi ou magnifique monument à plusieurs degrés limités par des murs parfaitement construits.
Lépoque de ces monuments mégalithiques se situe dès le début du Néolithique en Europe de lOuest, c'est-à-dire au 5ème millénaire avant notre ère jusquà nos jours à Madagascar ou dans certaines îles dIndonésie
Leur fonction première est de préserver les morts, mais ils ont fréquemment dautres rôles dans la société de lépoque (monumental, religieux, astronomiques, territorial, commémoratif )
Ils abritent les morts, déposés en plus ou moins grand nombre dans la chambre parfois décorée de peintures ou de gravures, sous différentes formes : corps entiers, quelques os, cendres des défunts, accompagnés ou non doffrandes individuelles ou collectives.
Les menhirs ou pierres dressées sont des blocs de pierre plus ou moins allongés et brutes de taille ou peu aménagés, érigés seuls ou en groupe, dimportance variable pour former des lignes simples ou multiples (alignement) ou des formes géométriques (cercles « cromlech » ou quadrilatères)
Leurs fonctions sont souvent indéfinies. Ils peuvent être décorés et sont alors des « stèles » quand ce ne sont pas de véritables statues comme à lIle de Pâques par exemple.
Tous les monuments mégalithiques sont des monuments à vocation spirituelle ou religieuse. Ils ont servi à honorer les morts. Cette pratique dinhumation des défunts remonte déjà à Neandertal, le premier Homo dont nous avons la preuve quil enterrait ses morts accompagnés doffrandes.
LES « PLUS » DE LA VISITE
- le Burren, une région admirable à visiter tout autour du Dolmen de poulnabrone ainsi que dautres monuments
RENSEIGNEMENTS COMPLEMENTAIRES
Il est recommandé de visiter le Dolmen de Poulnabrone durant lété pour pouvoir profiter du paysage, de la faune et de la flore.
Patricia MILAN (Août 2009)
