
A
l'entrée de la Grotte de Lascaux
Dans la salle dite de la Rotonde
On
t'a surnommé la Licorne au blanc manteau
Curieux animal, des peintures
tu commences la ronde
D'une
licorne quels sont les attributs que tu as
Pas grand chose à vrai dire,
je pense
C'est sans doute parce que lors de ta découverte on ne savait
pas
Ce que tu pouvais renfermer et dissimuler à l'intérieur de
ta panse
Ce n'est pas une corne
mais deux qui ornent ton front
Et encore s'agit-il bien de cornes, on se le
demande
Ou bien d'antennes magiques qui tendent vers un son
Qui t'appelle
à travers la roche pour entrer dans l'autre monde
Ta
tête n'a rien d'une Licorne non plus
Ton museau est plutôt court
et rond
A la place de ta crinière, une bosse cossue
Et des pattes
avant qui semblent molles et suspendues
La
peau de ton ventre pend pitoyablement
Tandis que tes pattes arrière
sont bien campées et brunes
Et que signifient ces ronds noirs sur ton
pelage blanc
Et cette tâche rouge à l'endroit de ton coeur de
fortune
Je crois deviner sous
cette peau de jument blanche
Un autre animal tapi qui s'y cache déguisé
Un
animal noir qui aurait tué la belle, la pure, l'ange
La blanche jument
qui courrait innocente en toute liberté
Licorne,
ne dissimulerais-tu pas sous ton déguisement étrange
L'assassinat
originel, l'outrage du meurtre premier
Celui de l'humain qui tue, dévore
et dérange
L'ordre naturel du monde animal dans son intégrité
Tu
sembles guider une horde de chevaux au devant de toi
Vers les deux taureaux
immenses qui se font face
Mâle et femelle, acteurs de la renaissance
de la naturelle loi
Les cerfs, symboles du souffle de vie se fondent au loin
dans la masse
C'est ta présence
insolite à cette entrée qui m'interpelle
Comme le récit
d'un ancien mythe oublié et peut-être premier
De quelle virginité
as-tu volé le blanc manteau et la vie si belle
Fausse Licorne déguisée,
témoin muet et sans doute tout premier meurtrier