L’OPPIDUM D’ENSERUNE

Un lieu de vie ancestral entre Mer et Terre...

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OU SE TROUVE-T-IL?

A la sortie de la ville de Narbonne, continuez sur la départementale en direction de Béziers. Après le village de Nissan sur la nationale 9, vous trouverez un embranchement à votre gauche et l’Oppidum est très bien indiqué.

Suivez cette petite route, la D162E, qui serpente sur quelques km, vous ne pouvez pas vous tromper, l’Oppidum se trouve tout au bout, sur une colline qui domine les environs.

Un parking vous invite à vous garer et à monter les quelques derniers mètres à pied pour rejoindre le site.


QU’Y VOIT-ON?

Un Oppidum est une place forte, située sur une hauteur, un lieu de vie et de commerce avant et pendant la romanisation.

Tout d’abord, c’est le paysage environnant que l’on découvre en premier lieu du haut de l’Oppidum. Quelque soit le côté où l’on se tourne, nous découvrons une vue imprenable et saisissante sur les environs!

Nous arrivons par le côté Est, et par temps clair, nous pouvons apercevoir le Massif des Cévennes.

Côté Nord: l’Oppidum était autrefois entouré d’étangs. Le plus important, l’Etang de Montady, tient son nom du petit village qui existe encore de nos jours. Il fut asséché en 1247, selon une Chartre retrouvée de cette époque, la région étant gérée par l’Archevêque de Narbonne, puisque les terres appartenaient à cet Archevêché. L’étang fut asséché, soit pour des raisons de salubrité, soit pour en faire des terres cultivables… ou peut-être bien les deux! Aujourd’hui, y sont cultivées des céréales et un peu de vigne, alors qu’autrefois, il n’y avait principalement que de la vigne.

La particularité de cet étang, c’est le Tunnel du Malpas qui se trouve être en fait une superposition de tunnels: le premier évacue les eaux à 30 mètres sous terre. Il fut creusé durant le Moyen Age. Au-dessus, se trouve le tunnel de la voie ferrée de la ligne Béziers-Narbonne; ce dernier tunnel fut construit au 19ème siècle. Encore au-dessus, coule le Canal du Midi, réalisé au 17ème siècle et enfin, nous avons la Via Domitia qui passait par là à l’époque antique et dont les vestiges demeurent encore bien visibles.


Nous voyons fort bien au loin, le centre concentrique appelé Redondelle, qui permet de faire circuler l’eau au centre de celui-ci et rejette cette eau dans un grand fossé appelé Mayre (en Occitan, cela signifie « Grand Fossé ») et l’achemine ensuite dans le Tunnel du Malpas. Un léger dénivelé permet encore par temps de fortes pluies d’évacuer l’eau.

Nous apercevons également au loin, le village du Colombiers.

Côté Sud: nous avons une vue parfaite par temps clair sur la mer Méditerranée qui se trouve juste à 10 km à vol d’oiseau de l’Oppidum. Par temps clair, il est possible d’apercevoir même le Mont Canigou dans les Pyrénées Orientales. Autrefois, la mer était plus proche. Le Canal du Midi est très bien visible aussi, passant juste aux pieds de la colline. N’oublions pas qu’au 6ème siècle avant notre ère, la ville de Marseille (Massalia) fut créée par les Grecs et qu’il s’agissait d’un important port qui fit probablement beaucoup de commerce avec tous les oppidums installés sur la côte méditerranéenne.

Côté Est: Après la nécropole, le paysage donne en direction de la ville de Narbonne.

 

Ainsi de tous les côtés, les habitants de l’Oppidum pouvaient avoir une vue sur tous les mouvements des plaines ou venant de la mer.


Le Site

L’Oppidum fut découvert en 1843 par l’Abbé de Montady qui fut le premier à trouver des vestiges d’habitations et des cavités. Si cet Abbé Gineis de son nom découvrit le site, ce fut Félix Mouret, un important personnage biterrois, exerçant le Droit, qui acheta un terrain tout au bout du site qui se trouve être la nécropole. Il mit à jour la plupart des tombes dès 1915.

Cependant, les fouilles principales se firent par un autre ecclésiastique, l’Abbé Louis Sigal aux alentours des années 1920. Il fouillera et réalisera des croquis et des dessins très utiles, ce qui permettra par la suite aux archéologues de prouver l’existence de trois époques d’occupation successives sur le site.

L’Oppidum fait à peu près 700 mètres de long sur 500 mètres de large, ce qui est assez colossal. Le site représente 23 hectares en tout!

L’occupation du site débute au 6ème siècle avant notre ère et se termine à la fin du 1er siècle de notre ère. C’est une période marquée par le manque d’écrits. Ainsi, s’il existe beaucoup d’hypothèses, nous avons peu de certitudes, d’où les études par rapprochement avec d’autres sites pour l’interpréter.

Les fonctions de l’Oppidum étaient simples: sur cette hauteur, la population locale venait se protéger et pouvait surveiller les alentours des attaques d’ennemis potentiels. L’Oppidum était entouré de marécages et d’étangs, ce qui le protégeait naturellement et apportait à la fois, eau et nourriture. Il y avait également une source (de nos jours tarie) et la colline était couverte de forêts et de bois regorgeant de gibier.

La première phase de l’Oppidum débute au 6ème siècle et finit à la fin du 5ème siècle avant notre ère. Le mode de vie était alors relativement rustique. La meule à grain était utilisée pour moudre les céréales ainsi que des outils rudimentaires. La population était répartie principalement sur le haut de la colline et vivait dans des cabanes en bois et en torchis. La vie était communautaire. Il y avait peut-être une palissade en bois qui entourait l’Oppidum, mais ce fait n’est pas certifié.

Il y avait à cette époque, d’importantes civilisations méditerranéennes:

- les Grecs: Phocéens et Ioniens qui ont fondé des colonies grecques
- les Etrusques
- les Phéniciens

Enfin, dans ce qui s’appellera plus tard la Gaule, il y avait les Celtes. Il y eut donc dans ce lieu, un commerce fleurissant où le troc était largement utilisé: de l’huile et des céramiques contre des armes et des bijoux. La spécialité de l’Oppidum était les céréales. Ce fut une période prospère avec les premières constructions de maisons en pierre.

La seconde phase date de la fin du 5ème siècle à la fin du 3ème siècle avant notre ère. Nous remarquons de fortes influences méditerranéennes et des constructions de maisons en pierre sur les terrasses Nord et Sud. Ces maisons pouvaient comporter un étage, voire peut-être deux étages parfois.


Deux énormes terrasses à silos furent construites: une située au parking et l’autre au Château d’Eau (qui n’en est pas un en fait, il s’agit juste d’une appellation) Certains de ces silos furent cependant réutilisés en citernes, surtout dans la dernière phase.
Les murs d’enceinte de cette seconde phase sont encore très visibles (ils sont protégés par un grillage)

Sur le site, nous voyons surtout les constructions de la dernière époque datant de la fin du 3ème siècle avant notre ère jusqu’à la fin du 1er siècle de notre ère, ce qui est logique puisque lorsque l’on enterre les objets, ce sont toujours ces derniers que l’on retrouve les premiers.
Il s’agit principalement de maisons plus grandes à la fin de l’occupation, avec des silos à bouchons à l’intérieur de celles-ci. Ces maisons étaient petites, mais elles étaient habitées en moyenne par cinq personnes. Cependant, les habitants de l’Oppidum ne vivaient pas dans leurs maisons en permanence. Ils mangeaient et vivaient principalement à l’extérieur et n’avaient pas beaucoup de meubles. L’étage servait de grenier pour entreposer les aliments. Grâce à l’expansion économique, d’autres maisons furent certainement construites à l’extérieur de l’Oppidum originel.

Cela correspond avec l’arrivée des Romains à Narbonne et c’est sans doute la raison principale de l’exode des habitants de l’Oppidum, puisque la colline fut abandonnée telle quelle (ce qui représente un grand avantage de nos jours pour la conservation des lieux) Les populations n’avaient alors plus de raisons d’être attaqués, puisque qu’ils étaient sous domination romaine et elles sont descendues vivre dans les plaines, suivant la mode gallo-romaine en vigueur. Cela devait également être pour elles plus pratique que de toujours monter des charrues pleines de vivres jusqu’à l‘Oppidum…

Rappelons que ce sont les Romains qui ont donné ce nom « d’oppida » (un oppidum et des oppida)

Les Citernes

Les Romains apporteront cette évolution supplémentaire avec des citernes d’une contenance de 7 m3 d’eau. L’eau de pluie était recueillie. Les citernes étaient enduites d’un produit « le tuileau d’étanchéité » que l’on peut encore voir de nos jours, car il a laissé une couleur rosée sur les parois des citernes. Si on se penche à l’intérieur de ces citernes, nous pouvons encore voir les restes des piliers qui supportaient un toit protégeant l’eau (des animaux par exemple) Certaines citernes sont encore dans un bon état de conservation.

Le Quartier Artisanal

Il y fut retrouvé des fusaïoles pour tisser et des estampilles avec des iconographies de raisins, d’un homme « Le bonhomme hirsute » (à voir au musée) etc.
Il fut également retrouvé un pressoir qui servait à produire de l’huile ou du vin. Mais un mystère persiste: nous ne savons pas comment ce pressoir était utilisé! Dans la pièce à côté, des blocs de pierre à encoches auraient peut-être servi à soutenir les piliers qui se situent dans la première pièce où il y a le pressoir.
Il existait aussi un atelier de foulons qui permettait de travailler les peaux.

La Poterne

Il s’agit d’une porte étroite et d’une des ouvertures du site vers l’extérieur. Il en existe une autre dans la nécropole. Sans doute, existait-il d’autres ouvertures, mais elles sont inconnues de nos jours. Les habitants employaient donc ces passages pour descendre en bas de la colline puiser l’eau de la source qui s’y trouvait.
Nous pouvons voir à côté de la poterne, un trou avec un petit canal creusé dans la pierre qui alimentait un silo qui était encore une autre réserve d’eau.

Les Silos et les Dolia (un Dolium et des Dolia)

Nous pouvons en voir un peu partout, enterrés dans la terre avec la partie haute à découvert. Ceux-ci étaient sans doute recouverts d’un bouchon de fermeture puisqu’ils étaient à l’intérieur des maisons. Ils servaient aux réserves de nourriture, mais ils permettaient surtout de conserver les liquides. Nous ne connaissons pas exactement leur origine de fabrication: étaient-ils fabriqués sur place ou acheminés jusqu’à l’Oppidum?
Ils sont en terre, comportent des estampilles (la marque du fabriquant) et sont d’une contenance d’à peu près 700 à 800 litres.
Les silos sont les plus anciens, ils sont apparus dès la première occupation, tandis que les dolias apparurent vers - 300 ans avant notre ère.
Pour des raisons de conservation, certains dolia ou silos ont été consolidés avec des matériaux modernes afin qu’ils n’éclatent ou ne s’écroulent pas.
Les dolia
étaient étanches et permettaient une conservation parfaite des liquides. Les silos, eux, étaient réservés au stockage des grains.

Dans les silos, une fois fermés, l’air ne passait plus et un effet de germination enveloppait les graines, formant ainsi une enveloppe protectrice. Ils font au moins 2 à 3 mètres de profondeur. La colline est parsemée de ces silos…

Le Château d’Eau (côté sud)

Un toit protège la maison qui présentait une mosaïque, dans une pièce qui aurait été sans doute un triclinium (salle à manger) Nous voyons également des silos et un bâtiment démoli dont on ne connaît pas la fonction. Il s’agirait peut-être d’un monument public. Son appareillage est très étrange: de gros blocs mélangés à de petits blocs de pierre.

Un amas de pierres rouges sur les lieux, était en réalité une autre pièce qui fut jonchée de briques cassées.

La Botanique

Nous trouvons sur le site les fameuses feuilles d’acanthe qu’il nous ait plus donné de voir de nos jours, sur des chapiteaux gravés qu’en réalité dans la nature…

La Nécropole

Face à la nécropole, il a été conservé un wagonnet sur un morceau de rail datant du 20ème siècle et qui a servi pour les premières fouilles. A cette époque, les fouilles comportaient de grosses tranchées et il fallait alors évacuer la terre.

Cette nécropole présente un certain nombre d’habitations, car durant la 3ème phase, à cause de l’expansion économique et donc démographique, il fallut trouver de la place pour en construire.

Il subsiste cinq pieds de colonnes qui ont pu constituer le grand marché de l’Oppidum et une citerne.

Sur la droite, une succession de pièces est le témoin d’une maison de type italienne avec un atrium. Il y a également une rue et encore des citernes.

Derrière les grilles se trouvent deux fossés ou « vallum » qui caractérisent ce genre d’habitat afin de les protéger.

Les nécropoles de la 1ère et de la dernière phase d’occupation de l’Oppidum n’ont pas été retrouvées. Il s’agit donc de la nécropole de la 2ème phase qui a été dégagée sous ces habitations de type romain.

Quelques stèles marquaient l’emplacement des tombes. Cela est relativement rare car la coutume voulait que juste un trou soit fait pour y déposer les urnes avec les corps incinérés à l’intérieur de celles-ci.

Il y a également une citerne assez grande et coupée en deux par un mur, sans que nous en connaissions la signification. Les toits apparents sont des constructions récentes pour protéger les dolias.

Le Musée

Le rez-de-chaussée

Une série d’objets de l’époque de la Tène (Age de fer) 1, 2, 3

- des ornements de ceintures, boutons, fibules du 1er siècle après notre ère, des fibules et bijoux avec du corail, des bagues, des grattoirs, des épingles à cheveux, des rasoirs, des pinces à épiler, des instruments médicaux, des bracelets, des étuis à aiguilles portatifs, des rouelles en argent, une roue miniature de char votif, des clochettes votives, des anses de vases en bronze…

6ème au 4ème siècle avant notre ère

- de la céramique attique, des brûle parfums, de la céramique attique noire non figurée, une statue punique en terre cuite, une tête de silène en relief plat, un décor en relief sur terre cuite…

Des urnes ibériques de type sombrero, de la céramique ibérique, de la côte catalane et des imitations à pâte claire, de la céramique à vernis noir et gauloise…

De l’art celtique, des amphores…

Outils

Ciseaux, lames de couteaux, haches, tridents, serpettes, serpes, hameçons, clefs de serrure en fer, clous en fer et en bronze, serrures de coffrets en bronze, piochons, herminettes, houes, petits marteaux…

Une collection de lampes à huile impressionnante avec des motifs: cerf bondissant, gorgone, décor floral…

Des lampes avec des formes excroissances, déphiliformes, à médaillons, à oreilles. Et lampes hellénistiques…

Des statuettes en terre cuite…

Collection en os

Fuseaux, fusaïoles, dès, osselets, gratte tête, peignes, épingles à cheveux, carapace de tortue, cuillères à fard, tablettes à fard, serrures de coffrets (du 2ème au 1er siècle avant notre ère)

Une vitrine sur la verrerie romaine avec aussi des poids en plomb…

Perles de corail brut, ambre, pendeloques de pierre, cabochons de verre ou pierre, anneaux, perles de verre, masque en faïence vernissé d’un collier d’influence carthaginoise, poids en plomb, louches en plomb, vases à parfum en pâte de verre…

Estampilles en creux pour poterie.

La monnaie apparaît à Marseille: les oboles à la croix et les petits bronzes à taureaux (la plus ancienne monnaie à Ensérune)

Monnaies frappées dans la région de - 150 à - 70 avant notre ère dans un rayon de 150 km autour de Narbonne: le Neroncen

Premier étage consacré à la nécropole

- Des vitrines avec des urnes funéraires de tout type…

- Des parures

- Le mobilier des tombes: bijoux, armes…

- Des peintures murales du 1er siècle de notre ère (bien restaurées)

- Reconstitutions de tombes

- Rituels: fragments de corps calcinés

- Coupe avec des reliefs


Dans une boite, une urne d’influence ibérique: il s’agit d’un vase clair (le charnier était balayé) avec des ossements calcinés autour de l’urne

Tombe 163: un guerrier avec son épée, le fourreau et les animaux mythiques, des morceaux de lances et de boucliers, des « plats à poisson », un pot contenant des liquides (eau, lait etc.) et un œuf d’oie symbolisant la croyance en l’au-delà.

Tombe 84: un enfant car l’urne est plus petite, avec des osselets, une toupie, des perles en pâte de verre, une petite fibule et un bracelet.


LES « PLUS » DE LA VISITE

- un bon accueil
- une boutique de souvenirs
- un musée tout à fait fantastique pour ses collections d’objets retrouvés sur le site: à ne manquer sous aucun prétexte!
- un parcours botanique sur l’ensemble de la propriété (23 ha)
- des ateliers pour les scolaires


RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Les horaires d’ouverture sont:

- D’Octobre à Mars : 9h30-12h/14h-17h30 - Fermeture le lundi

- En Avril et Septembre: 10h-12h/14h-18h - Fermeture le lundi

- De Mai à Août: 10h-19h - Ouvert tous les jours

- Visites libres ou commentées sur réservation en basse saison (tél: 04 67 37 01 23)
- Visites commentées pour les groupes sur réservation
- Visites audio-guidées gratuite en anglais et en espagnol
- Durant la haute saison, visites en anglais et en espagnol


Musée Archéologique d’Ensérune
34440 NISSAN LES ENSERUNES
Tél: 04 67 37 01 23
Fax: 04 67 37 27 29
Site Internet: www.oppidumdenserune.com


Patricia MILAN (Juillet 2009)

 

Avec tous mes remerciements à Lysianne Gau, ma guide durant cette visite :