Jean ZAMMIT

Médecin Radiologiste, Préhistorien Paléopathologiste

- Qu'est-ce pour vous la Préhistoire ?

C'est la recherche d'un paradis perdu qui n'existe plus.

- Vous vous intéressez, de part votre formation, à l'anthropologie et aux maladies humaines. Que pouvez-vous nous dire des pathologies de l'homme du Paléolithique Supérieur ?

Leurs maladies étaient très proches de celles de nos cousins, les grands singes (chimpanzés, bonobos, orangs-outans et gorilles), c'est à dire très simples. Sur ce que l'on a pu découvrir en étudiant les restes des ossements des 600 individus de cette époque qui ont été retrouvés à ce jour, ils ne souffraient d'aucune maladie complexe : quelques tumeurs bénignes, des fractures, des petites anomalies congénitales etc.

- Donc, si Cro-Magnon possédait une relative bonne santé, quand situez-vous le commencement des épidémies et des maladies ?

Tout semble prouver que le Néolithique fut la période cruciale, lorsque l'homme a développé un mode de vie différent avec la domestication de la nature et des animaux.

- Pourquoi ?

La maladie est une invention humaine. La promiscuité homme/animal, animal/animal et homme/homme a généré les épidémies ainsi que les maladies infectieuses et génétiques. Ajoutez là-dessus, la traumatologie due à l'apparition des guerres. Quant aux disettes, famines et carences multiples liées à la faim, elles n'ont eu de raison d'exister qu'à partir du moment où l'être humain s'est assujetti à un mode particulier d'alimentation comme l'agriculture et l'élevage.


Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le chasseur-cueilleur, tuait le gibier et le consommait parfois directement sur place, il ne parquait pas les animaux dans des étables. Il savait reconnaître les plantes pour se nourrir et ce savoir s'est perdu, il a été remplacé par celui de l'agriculteur.


A mon sens, le Néolithique est la première grande catastrophe écologique : surnatalité, surpopulation etc. Pour l'homme moderne, la devise suprême est : toujours plus, toujours plus vite et à n'importe quel prix… !

- Mais ne pensez-vous pas que cela fait partie de la nature intrinsèque de Sapiens ? Et pourquoi cette évolution n'est-elle pas apparue durant le Paléolithique ?

Oui, tout commence dès son apparition : c'est le seul qui possède le plus gros cerveau par rapport à son poids. Je pense que Neandertal par exemple, n'aurait jamais pu concevoir le Néolithique.

Au Paléolithique, les Homos Sapiens Sapiens étaient encore peu nombreux, disséminés en petites tribus sur un vaste territoire. Son agressivité collective et individuelle de " fabriqueur " a été régulée par l'invention de l'art et des religions chamaniques.

Ensuite, avec l'explosion démographique alliée aux nouvelles connaissances technologiques de l'âge des métaux, rien n'a plus pu arrêter son esprit de domination sur les autres espèces et son environnement. La question est maintenant de savoir s'il ira jusqu'à son auto-destruction ?

- Votre point de vue n'est-il pas un peu millénariste ?

Un millénariste parle du futur. Je parle des origines, c'est toute la différence. Nous connaissons déjà de quoi Sapiens Sapiens est capable : les guerres, les catastrophes et les exactions en tout genre… Je n'invente rien, je me base sur l'Histoire.

- Voulez-vous ajouter quelque chose, un message pour nos lecteurs ?

Tout ce que je viens de dire sera publié en détail, janvier 2005 dans le numéro à paraître du bulletin de la S.P.F. (Société Préhistorique Française). Que tous ceux qui s'intéressent à la Préhistoire, essaient de tirer des leçons de la catastrophe néolithique !

 

M. Zammit est co-auteur avec M. Jean Guilaine, Professeur au Collège de France, de cet ouvrage

" Le sentier de la guerre " édité chez Seuil.