M.
Christophe Vigerie
Auteur, Chroniqueur

- Qu'est-ce pour vous, la Préhistoire ?
C'est
durant cette très longue période que s'est construite notre humanité.
Les femmes et les hommes que nous sommes aujourd'hui sont redevables de l'extraordinaire
capacité d'adaptation qu'ont fait preuve nos lointains ancêtres.
Le moins que nous puissions faire, c'est d'essayer de comprendre comment ils ont
vécu. De fait, la Préhistoire est une grande leçon de d'humilité
pour nos sociétés très imbues d'elles-mêmes.
- Quelles ont été et qu'elles sont aujourd'hui vos activités en rapport avec la Préhistoire ?
Durant
de nombreuses années, j'ai été guide sur des sites préhistoriques,
responsable du site éponyme de La Madeleine et j'ai eu la chance de suivre
des cours d'anthropologie à l'IPH ainsi qu'au Muséum d'Histoire
Naturelle. J'ai également participé à des fouilles sur un
site moustérien dans la région de Brantôme (24).
Depuis
quelques années, je participe à des actions pédagogiques
et de vulgarisation vers le grand public et les scolaires.
-
Quel est votre plus beau souvenir " préhistorique " ? D'où
vient votre passion pour ces temps reculés ?
Ce
fût ma première visite d'une grotte ornée. Avant cela, mon
rapport avec la Préhistoire était virtuel, abstrait. Etre confronté
à la réalité du milieu sur le terrain et les représentations
pariétales des préhistoriques m'ont bouleversé.
Je crois
que ma passion vient de ma volonté de changer les idées toutes faites
de la plupart de mes contemporains sur une soit disante primitivité des
populations préhistoriques. Aujourd'hui, être civilisé semble
s'arrêter à notre capacité de consommer.
Des attitudes
comme la coopération, la compassion ou l'assistance aux plus faibles sont
celles qui ont permises à notre humanité de se construire. Or, aujourd'hui,
il semble que ces comportements soient considérés comme rétrogrades
par la plupart d'entre nous. L'individualisme et l'autosuffisance ne sont en rien
synonymes de civilisé. Fouiller n'est pas simplement sortir des silex d'une
couche archéologique, c'est aussi comprendre comment s'est formée
cette couche et les conditions environnementales qui ont participé à
sa formation. Ainsi, nous maîtrisons mieux l'évolution écologique
de l'espèce humaine durant sa longue histoire et nous savons qu'elles furent
les difficultés de nos ancêtres à certaines occasions. Si
nous affinons notre connaissance du passé, nous aurons de meilleures chances
de répondre efficacement aux futurs problèmes que connaitra notre
descendance.
- " Mahava " est votre premier roman. Dans quel but l'avez-vous écrit ? Avez-vous l'intention d'écrire d'autres romans se déroulant pendant la Préhistoire ?
Comme
je vous le disais, durant des années, j'ai été confronté
à des visiteurs qui voyaient dans l'homme préhistorique, au mieux,
un sauvage à peine capable de s'exprimer, au pire, une espèce de
singe. Pour la plupart il était inconcevable qu'il puisse y avoir une quelconque
filiation entre ces hommes préhistoriques et nous. Plus importante encore,
l'approche scolaire de ces périodes ne parle que des réalisations
techniques ou culturelles de ces sociétés préhistoriques
sans mettre en perspective les émotions et les sentiments d'une grande
modernité qu'illustrent justement ces réalisations. Il me semblait
intéressant de proposer une petite histoire qui mettrait en avant ces émotions.
J'envisage
en effet d'écrire une suite à Mahava. Tout simplement parce que
les jeunes lecteurs m'ont indiqué leur désir de savoir comment le
jeune Mahava va grandir !
- Vous dîtes que vous n'êtes pas un écrivain mais un auteur. Pouvez-vous préciser votre pensée ?
Je
distingue tout autant le romancier de l'essayiste. Un écrivain est à
mes yeux un professionnel de l'écriture. Je ne crois pas avoir ce besoin
permanent d'écrire, ce que je ressens, à l'inverse de ceux pour
qui écrire est une nécessité. Cependant, raconter des histoires
est une des activités les plus plaisantes que je connaisse.
Peut-être
qu'en vieillissant, je prendrai plus de temps.
- Avez-vous un message spécial pour nos lecteurs ? Un souhait, un désir ?
Que l'aventure humaine continue encore de nombreuses années à titiller notre curiosité. Le pire qui puisse nous arriver, c'est devenir blasé.
(Septembre 2007)