Bernard GINELLI
Tailleur de Silex

- Qu'est-ce pour vous la Préhistoire ?
Une épopée, celle de l'aventure humaine L'âge d'or de l'humanité où chaque individu était garant de la survie de l'autre, ce qui laisse présumer qu'il existait en ces temps là, un profond respect pour la vie entre les hommes.
- Qu'est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?
Tout d'abord, la fascination exercée par la matière sur l'homme. Ensuite, la découverte du génie des Préhistoriques à travers la conceptualisation et le geste du débitage. Cette conceptualisation est essentielle et prouve que l'homme a anticipé avant de fabriquer. Il n'était donc pas le sauvage que l'on prétend parfois qu'il fut. Je travaille activement pour la réhabilitation de l'Homme Préhistorique : il faut bien comprendre que la taille du silex est à la base de l'économie car celle-ci lui a permis de fabriquer des armes pour la chasse et des outils pour la vie quotidienne. Ainsi, elle a assuré leur survie, puis leur développement.
- Quelles sont les qualités d'un tailleur de silex ?
Maîtrise du geste, anticipation, automatisme cognitif.
- Où apprendre à tailler du silex ?
Dans les tripes, bien entendu !!! Ensuite, il existe bon nombre de stages à tous les niveaux.
- Avez-vous un message pour nos lecteurs ?
Oui et il s'adresse en particulier aux tailleurs de silex : veillez à respecter l'environnement archéologique, c'est à dire ne pas laisser des objets taillés ou des déchets de débitage traîner dans la nature. Si possible, il serait souhaitable d'identifier les pièces terminées par une gravure à l'aide d'un outil diamanté. De nos jours, cela devient essentiel.
( Avril 2004)
Le silex est de la silice microgrenue, plus ou moins pure, à cristallisation plus ou moins confuse. On le trouve sous forme de rognons sans les terrains sédimentaires de tous âges. Il s'agit de précipitation de la silice de manière localisée de préférence dans des calcaires mais pas seulement. Il est particulièrement fréquent dans les falaises crétacées de France sous forme de silex blond ou silex corné ou hornstein. Il y a encore le silex des pierres à fusil à cassure esquilleuse et le silex noir fréquent quant à lui, dans les calcaires carbonifères.
Le
silex fut la première pierre à être travaillée par
l'humain, il y a 2 millions d'années dans la vallée de l'Omo
en Afrique. Le jaspe et la quartzite l'accompagnaient. Ce sont les marqueurs de
la Préhistoire
La
formation des silex
Si
le Crétacé est l'époque de la craie, c'est aussi celle
des silex, la roche de silice par excellence. La croûte continentale hercynienne
porte une végétation luxuriante. C'est une grande partie des terres
qui est alors soumise au climat chaud et humide. Des sols rouges d'altération
se sont établis, au sein desquels est produite la kaolinite. Un bon drainage
favorise l'altération et entraîne le silicium dissous. Les océans
reçoivent d'énormes quantités de silice. Les diatomées
n'existaient pas avant le Crétacé Inférieur.
Le
cycle du silicium s'effectuait alors sans ce maillon. La teneur en silice des
eaux marines au Crétacé Supérieur était donc bien
supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui et vraisemblablement proche
de la saturation. Ces eaux étaient ainsi tout naturellement à même
d'assurer la croissance cristalline de silicates et de minéraux de silice.
La cristallisation s'amorçait en une infinité de germes cristallins,
juste sur le fond, dans cette étroite zone qu'est l'interface eau/sédiment.
De tous petits cristaux, de la taille bien inférieure au millième
de millimètre, assuraient leur croissance sur les cristaux de calcite du
squelette des foraminifères entre autres. Ces très fines cristallites
se développaient en un empilement respectant une même orientation
cristalline. Cet assemblage de fibres, forme ce qu'on appelle la
calcédoine.
La
calcédoine a une propriété: elle se développe
dans les sédiments calcaires remplissant totalement les vides laissés
entre les grains, mais sa croissance cristalline se fait aussi au détriment
de la calcite qu'elle remplace point par point. Et c'est toute la masse de la
boue crayeuse qui est transformée en calcédoine. La croissance est
très lente et la craie continue de se déposer. L'objet s'éloigne
donc de l'interface, les échanges se ralentissent puis cessent.
Le
rognon de silex est alors achevé dans sa forme à tendance
sphérique avec son cortex blanc résultant de l'accumulation à
sa périphérie où elles ont été repoussées
lors de la croissance, des impuretés trop grosses, la matière organique
notamment qui se dégrade rapidement et disparaît en laissant un réseau
de très fines cavités, le cortex blanc.
Le
silex fait donc partie du paysage crétacé. Or, cette situation
climatique n'a pas duré. Après la fin du Crétacé,
au début de l'ère Tertiaire, le climat général du
globe se refroidit et entraîne une diminution considérable des apports
de silice à l'océan
Pas de silice en excès: pas de
silex. Le silex est une roche fossile qui ne se forme plus dans l'environnement
actuel.