LE SITE PREHISTORIQUE
DE CASTEL-MERLE
Un vallon paisible au fil de la Vézère

OU SE TROUVE-T-IL ?
Le vallon des Roches se trouve sur la commune du charmant village de Sergeac qui a su conserver tout au long des ans, son caractère pittoresque de petit bourg ancestral. Il se situe entre les Eyzies de Tayac et Montignac, en Dordogne, au cur du Périgord Noir. Sans nul doute, vous aurez grand plaisir à découvrir cette vallée de la Vézère plus sauvage que celle de la Dordogne avec ses nombreux châteaux qui apparaissent de manière inattendue au bord de la route. Nous sommes ici dans une des plus belles régions de France et sur un terroir chargé d'Histoire depuis l'aube de l'humanité.
QU'Y VOIT-ON ?
Choisissez de préférence, une belle journée ensoleillée pour faire la découverte de ce vallon protégé, en pleine nature et de ses abris sous roche qui ont hébergé des générations d'Hommes de la Préhistoire (du Moustérien à l'Age de Fer) jusqu'au Moyen-Age. Tous les abris ne sont pas visitables. Cependant, le circuit qui vous y mènera vous est proposé comme une balade que vous effectuerez à votre rythme grâce à un petit livret qui vous sera proposé à l'accueil et qui vous fera découvrir les principaux abris ainsi que les fouilles qui y ont été effectuées.
C'est au début du Quaternaire (2 à 3 millions d'années) pendant les glaciations de Günz et de Mindel, que les abris se forment, grâce au creusement par érosion des plateaux calcaires. Les glaciations suivantes de Riss et Würm, les approfondiront jusqu'à les faire parfois s'effondrer. C'est du reste grâce à ces effondrements que les vestiges ont été préservés jusqu'à nos jours.
Ces
abris constituent de parfaites habitations pour les Néandertaliens,
premiers occupants des lieux. Il fait froid en ces temps-là et l'homme
a besoin de se protéger pour survivre. Pour des raisons encore obscures,
ceux-ci choisissent de s'installer dans ceux qui sont exposés au Nord :
l'Abri des Merveilles et l'Abri Blanchard II. On y a retrouvé beaucoup
d'outils notamment en cristal de roche. Cependant, l'emplacement est idéal
pour ces hommes des premiers âges : non loin de la Vézère,
ils peuvent suivre les mouvements des troupeaux de rennes et de bisons principalement,
qui abondent dans la région et constituent la nourriture quotidienne de
nos ancêtres.
Plus tard, Cro-Magnon s'installera dans les abris,
surtout ceux du flanc opposé, plus accueillants car ayant une meilleure
exposition. Il n'est pas impossible qu'il y eut cohabitation entre les hommes
de Neandertal et ceux de Cro-Magnon au sein de ce vallon. Cependant, rien ne permet
de l'affirmer ou de tirer des conclusions sur ce que fut cette cohabitation si
elle eut lieu.
De Cro-Magnon, on a retrouvé de nombreux vestiges attribués
aux différentes époques de son évolution : l'Aurignacien,
le Gravettien, le Solutréen et le Magdalénien.
Nous commençons notre visite par l'Abri Reverdit qui porte le nom de son découvreur à la fin du 19 ème siècle. Pour sa protection, il est actuellement muré et sa visite s'effectue avec un guide. En effet, beaucoup de ses uvres ont été perdues jusqu'à son classement en tant que Monument Historique en 1924. Sous une falaise d'une douzaine de mètres de hauteur, nous pénétrons dans un bel abri, large de 15m, profond de 5m et haut de 3 m à l'avant. A l'époque préhistorique, on pense que son avancée faisait au moins de 6 m de plus. Il est traversé par une source ce qui procurait probablement aux Magdaléniens qui l'ont habité, un confort supplémentaire non négligeable. Nous découvrons également ici l'ancêtre de la " tringle à rideaux " sous forme d'anneaux creusés dans la roche sur deux blocs d'effondrement. Ces anneaux patiemment exécutés par percussion puis par rotation dans la pierre étaient alignés de 40 à 60 cm les uns des autres à l'entrée de l'abri sous la voûte. Ils servaient de point d'ancrage pour des tentures en peaux d'animaux qui protégeaient ces habitats précaires du froid et des intempéries du rigoureux climat. Astucieux, n'est-ce pas ?
Sur la paroi, à hauteur de visage, on distingue la sculpture de trois
animaux orientés vers la Vézère. Tout d'abord, nous pouvons
distinguer le contour d'un grand cheval daté du Magdalénien(probablement
détruit par le premier fouilleur, Alain Reverdit en 1878) ; l'arrière-train
sculpté étant visible au musée de Castel Merle. Viennent
ensuite deux bisons à la queue leu-leu. La tête du premier
a partiellement disparu sous l'effet du gel qui a fait sauter la paroi mais tous
deux sont profondément sculptés et on distingue encore parfaitement
la ligne du dos, l'arrondi du postérieur et de la bosse, les pattes avant
et arrière. Plus à droite, un autre animal semble rentrer dans l'abri.
Il s'agit probablement d'un ours. C'est une très belle frise qui nous est
donné là à contempler, vieille d'au moins 17 000 ans !!!
(Magdalénien ancien)
Au
sol, plusieurs blocs symboles ont été déposés
là par les archéologues. Certains viennent des Abris Castanet,
Blanchard ou Labattut. Nous y voyons entre autres, gravées, une
vulve et ces mystérieuses"
cupules " (petits creusets de taille variable assortis parfois d'une
rainure d'écoulement) dont la signification nous échappe. Etaient-ce
des signes, des points gravés ? Avaient-elles une quelconque utilité
? Peut être, mais laquelle ?
En sortant de l'Abri Reverdit, ne manquez
pas l'impressionnante stratigraphie (1985-1988) visible à gauche
mélangée aux blocs d'effondrement. Il n'est pas fréquent
d'avoir la possibilité, pour les simples visiteurs que nous sommes, d'examiner
de si près une coupe si riche. Vous y verrez les restes d'un foyer, des
os, des dents dans leur écrin de terre et tout cela est absolument authentique
La visite se poursuit par un sentier qui longe la falaise. Plusieurs énormes blocs effondrés signalent la présence d'un abri enfoui et pour lequel des fouilles approfondies n'ont pas encore été entamées par faute de moyens financiers. C'est l'Abri du Roc de l'Acier. On y a cependant relevé des traces d'habitat du Périgordien Supérieur grâce à la présence de pointes " de la Gravette " datant de - 20 000 ans.
Nous atteignons plus loin l'Abri Labattut. Fouillé par M. Marcel Castanet (le précurseur des fouilles, voir à la rubrique " Interviews " celle de M. René Castanet), il a révélé deux couches archéologiques datées du Gravettien ainsi qu'une fine couche du Solutréen dont a été extrait un squelette d'enfant qui va faire l'objet prochainement d'une étude approfondie. On a aussi découvert un cheval gravé dont le moulage se trouve à l'Abri Reverdit. L'original est plus difficile à voir s'étant envolé jusqu'à l'American Museum of Natural History de New-York On y voit également un gros bloc peint en noir sur fond rouge qui représente la ligne ventrale d'un bovidé (ou équidé ?) ainsi que ses pattes terminées par des sabots ronds. Ce bloc provient de l'Abri Blanchard et l'original est conservé au Musée du Périgord à Périgueux. Il compte parmi les plus vieilles traces d'art pariétal au monde. Ici, vous comprendrez plus aisément la technique de la taille du silex et son évolution au cours des différentes périodes citées plus haut.

Abri Labattut
Notre cheminement se poursuit dans le sous-bois où nous découvrons une bien étrange particularité de la roche calcaire formée durant l'ére Tertiaire. Il s'agit de l'Abri du Four. Cette cavité entièrement naturelle fut utilisée durant le Moyen-Age quand les hommes vinrent s'y réfugier lors des grandes invasions nordiques (Vikings, peut être).

Abri du Four
Nous arrivons enfin à l'Abri de la Souquette dont le gisement très riche a révélé quantité d'outils et surtout 200 pièces de parure qui ont permis de reconstituer des colliers du Paléolithique Supérieur en os, dents et coquillages percés. Ces derniers sont visibles au musée de Sergeac. Ici, on vous expliquera comment s'effectuent les fouilles et ce qu'est une coupe stratigraphique.

Abri de la Souquette
N'hésitez pas à poursuivre votre promenade jusqu'au Trou du Guetteur et jusqu'au Fort des Anglais qui vous permettront de contempler le paysage des méandres de la Vézère.
LES " PLUS " DE LA VISITE
Incontestablement, il s'agit de la visite du Musée de Sergeac. Il se trouve au beau milieu du village. Ici, les vitrines exposant les différents outils fabriqués et utilisés par les Hommes Préhistoriques sont répertoriés de manière pédagogique afin de vous permettre de mieux comprendre leur évolution. M. René Castanet se fera un plaisir de vous expliquer que les grattoirs carénés servaient parfaitement de rabots, que les burins dièdres étaient utiles pour la confection des anneaux dans la pierre et tant d'autres astuces encore
Mais vous y admirerez aussi des plaquettes d'ivoire de mammouth ouvragées ou striées, des aiguilles à chas et leurs polissoirs, des blocs avec cupules ou anneaux, des galets striés, les moulages des gravures des abris, un bloc d'effondrement avec un phallus et une vulve associés à un anneau, des sifflets en os, encore un phallus en ronde bosse et bien d'autres merveilles
Une curiosité : un calendrier lunaire daté de l'Aurignacien et qui aurait servi pour annoter les phases de la lune selon l'hypothèse d'Alexander Marshack.
Enfin, vous pourrez terminer par le plus extraordinaire de la collection : les 6 colliers datant de l'Aurignacien et du Magdalénien. Ces parures sont superbes et exceptionnelles. Elles sont composées de perles en ivoire ou en stéatite ainsi que de dents (canines de renard commun et d'isatis, de jeunes rennes, canines de cervidés, lynx ou mégacéros, certaines décorées ) Les coquillages sont issus de l'Océan Atlantique ou de la Méditerranée et laissent présager des voyages ou des trocs entre les différents peuples. Des coquillages fossilisés ont été aussi utilisés, ce qui est rare. Qui plus est, on pense qu'il existait dès l'Aurignacien de véritables fabriques de bijoux au même titre que des ateliers de taille de silex. Quoiqu'il en soit chaque perle, dent, coquillage ont été minutieusement percés selon un procédé bien précis puis polis afin d'en affiner la douceur au toucher. Il y a là une recherche esthétique tout à fait bouleversante.
A la sortie du musée, sur la petite terrasse, dans un vieux four, il y a une collection de nids d'oiseaux tout à fait remarquable. Surtout, ne la manquez pas !!!
Au terme de cette visite, vous aurez remonté le temps et vous aurez passé des moments uniques, loin des trépidations de la vie moderne. Ces instants deviennent hélas de plus en plus rares et les lieux où se nichent cette sérénité aussi. Castel-Merle est un oiseau rare, sachez le découvrir et l'apprécier, son chant à vos oreilles n'en sera que plus mélodieux !
LES " PLUS " DU SITE
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Les chiens sont admis en laisse
- Parking ombragé et aire de pique-nique
gratuits
- Buvette
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Du
1er juillet du 31 août : ouvert tous les jours de 10h à 19h
De
Pâques au 30 juin et du 1er au 30 septembre : ouvert de 10h à 19h
sauf le samedi et dimanche matin
Tél. 05 53 50 79 70
L'auberge de Castel
Merle à Sergeac : tél. 05 53 50 70 08 Fax : 05 53 50 76 25
Ouvert du 1er avril à la Toussaint
" De la Préhistoire à nos jours, Sergeac en Périgord " d'André Roulland avec avant-propos de M. René Castanet.
Interview de M. René Castanet à la rubrique " Interviews "
Patricia MILAN // avril 2004

Les nids d'oiseaux du Musée...